AAC - ACFAS 2017 - Organisations collaboratives

 

     85è congrès de l’ACFAS

 

Colloque n°6744 – Université McGill – Montréal 8-9 mai 2017

 

 

   « Organisations collaboratives » : de l’analyse

des pratiques sociales et professionnelles aux

questionnements théoriques

 

 Coordinateurs : Jean-Luc Bouillon, Bruno Chaudet, Florian Hémont, Anne-France Kogan,Catherine Loneux, Marcela Patrascu – PREFICS - Université Rennes 2 - France

 

 Objectifs

 Ce colloque poursuivra l’objectif de questionner scientifiquement les usages de lenotion de « collaboratif » ainsi que la diversité des modes de structuration du social auxquels celle-ci donne lieu, en déconstruisant les pré-catégorisations dont elle fait l’objet afin d’en saisirles implications et les logiques sociales et organisationnelles.

 Il s’agira en particulier de s’intéresser aux processus communicationnels constitutifsdes organisations qui se trouvent au cœur de la question collaborative. Cette dernière est en effet indissociable des interactions professionnelles et sociales situées qui fondent l’existence toute activité collective, même si la nature et l’intensité des interactions en présence peut être très variable. Elle est également liée aux médiations socio-techniques opérées par les technologies à vocation collaborative qui mettent en relation, agissent et font agir, habilitent et rationalisent l’activité. Enfin, la question collaborative est un élément central des récits organisationnels qui revendiquent la collaboration tout en poursuivant l’objectif de la faire advenir performativement. L’analyse des phénomènes communicationnels associés aux dispositifs collaboratifs comme ensemble entremêlé d’outils, de méthodes, de discours et de pratiques constituera ainsi une clé d’entrée permettant d’appréhender ces derniers.

La mise en perspective d’approches européennes et nord-américaines sur la question collaborative et la construction de réseaux de recherche internationaux constitue l’un des principaux enjeux du colloque.

 

Contexte et problématique

Depuis le milieu des années 2000, l’usage de l’épithète « collaboratif » s’est développé dans les discours managériaux et médiatiques. Il est ainsi question de travail collaboratif et plus largement de pratiques sociales et professionnelles collaboratives, associées au développement des réseaux sociaux numériques et impliquant l’acquisition de compétences nécessaires à de nouveaux modes de fonctionnement des activités collectives, mettant en cause les spécificités des métiers et des savoir-faire.

 Parallèlement, l’accent est mis sur l’apparition d’organisations collaboratives,transcendant les structures hiérarchiques, laissant une plus large place aux initiatives individuelles et fondées sur la mise en commun de ces dernières. Qu’il s’agisse d’élaborer des biens, des services, des connaissances, dans une perspective marchande ou non marchande, de telles organisations s’appuieraient sur des processus de décision et d’action bâtis sur la construction de ce commun, au travers des différents processus communicationnels évoqués plus haut. Ces “organisations collaboratives“ marqueraient une rupture avec les organisations rationalisées mais aussi avec les modes management et de gouvernance traditionnels... àmoins qu’elles ne les prolongent sous d’autres formes.

Enfin, plus largement, une économie collaborative et des formes de consommationcollaborative seraient en émergence, prenant appui sur des plates-formes mettant en relation offre et demande d’une multitude de biens et de services. Cette évolution témoignerait d’un dépassement du capitalisme par l’apparition de formes d’échange alternatives... tout en traduisant son intensification radicale par la démultiplication du nombre de marchés autour dequelques grands acteurs.

Par-delà ce foisonnement non dénué de paradoxes et de contradictions, lesconceptions de la collaboration sous-jacentes à l’usage du terme “collaboratif” pour qualifier des évolutions socio-économiques contemporaines sont rarement interrogées et explicitées. Le collaboratif tend à former une boîte noire ou du moins très opaque, dans laquelle il estnéanmoins possible de discerner différents éléments :

 

Le collaboratif renvoie à un mode de mise en œuvre de l’activité collective, mêlantparfois de manière confuse activités de travail (qu’il s’agisse de travail salarié, de travail inscrit dans une relation marchande, de mise au travail du consommateur, de l’usage d’espaces partagés dédiés au coworking...) et d’autres formes d’activités sociales relevant de logiques non marchandes, citoyennes, tournées vers la contribution de chaque partie prenante et « l’intérêt général ». La référence au collaboratif postule un mode d’organisation du social plus horizontal, centré sur la co-production et le partage de connaissances, où les rapports de pouvoir et les rapports hiérarchiques semblent largement absents.

 

La conception de méthodes et d’outils permettant de favoriser l’activité “collaborative” correspond à une demande sociale, dont témoigne la profusion de publications managériales dans ce domaine ainsi que les offres des consultants. Par ailleurs, nombreux sont également les appels d’offre d’organisations publiques et privées cherchant à développer des « compétences collaboratives » et des méthodes permettant de travailler de manière collaborative avec des équipements pourtant supposés être « par essence » collaboratifs, dans le cadre de stratégies de « digitalisation ». La gouvernance des organisations se trouve influencée par l’activité collaborative dans la mesure où celle-ci transforme la capacité d'agir pour les acteurs, et implique de nouveaux modes opératoires managériaux.

 

La référence au « collaboratif » demeure techno-centrée et souvent réduite aux« technologies collaboratives », reposant sur un équipement numérique et/ou desméthodes de mise en relation des acteurs sociaux qui créeraient des pratiques collectives et du lien social. L’usage du terme « collaboratif » s’est développé dans leprolongement des Technologies Numériques d’Information et de Communication dites « 2.0 » (O’Reilly, 2004) et a été associé à un nombre croissant de situations sociales et de pratiques socio-techniques. Dans ce cadre, les activités collaboratives tendent à être assimilées aux activités faisant usage des technologies collaboratives ou mises en œuvre avec ces dernières, le lien entre les deux niveaux n’étant pas explicite.

 

  Propositions de communication
 Les propositions de communication s’intéresseront aux conceptions du collaboratif sous-jacentes aux outils, méthodes, discours et pratiques revendiquées comme collaboratives et à leurs implications communicationnelles et organisationnelles. Elles pourront s’intéresser aux domaines des activités marchandes et non marchandes (travail, production, consommation, engagement citoyen, formation, recherche scientifique et technologique...). Elles s’inscriront dans l’un des trois axes proposés ci-après. Une mise en perspective
 historique relativisant la « nouveauté » du collaboratif sera bienvenue.


 1) Penser théoriquement le « collaboratif » : actualité des conceptualisations
  La question collaborative renvoie directement à celle des formes de l’action collective,
 de leur structuration et de leur stabilisation plus ou moins durable. Qu’elle se déroule au travail, dans une organisation “instituée”, ou dans d’autres types d’activités et d’autres configurations collectives, elle désigne un type de rapport social dans lequel se construit un mode d’agir impliquant un ensemble d’acteurs entretenant des liens d’intensité variable (Casilli, 2010). Ces derniers peuvent être éphémères ou plus durables, faire intervenir une relation préétablie et volontaire ou au contraire résulter de la juxtaposition de comportements individuels non coordonnés à priori, faire intervenir des relations marchandes ou non... La collaboration peut emprunter à la fois à l’action “à plusieurs”, à l’action “commune” et à l’action “ensemble” (Livet, Thévenot, 1994) et à différents régimes d’engagement (Thévenot, 2006 ; Zacklad, 2015).
 Les années 1980 et 1990 ont été marquées par de nombreux travaux relevant des nouveaux constructivismes sociaux (socio-économie des conventions, sociologie pragmatique et théorie de la justification, sociologie de la régulation sociale, théorie de l’acteur-réseau...) qui se sont efforcés de penser les processus d’organisation du social en rupture avec les traditions holiste et individualiste. Ces recherches se sont intéressées à l’émergence de structures collectives dans la société et à leurs dynamiques d’évolution. Les approches constitutives en communication organisationnelle se sont également interrogées sur ces questions (Robichaud, Cooren, 2013). En quoi ces cadres théoriques peuvent-ils permettre de penser les phénomènes collaboratifs tels qu’ils apparaissent actuellement ? Les distinctions entre coordination, coopération, participation, collaboration, sont-elles toujours pertinentes ? Dans quelle mesure permettent-elles d’appréhender et de conceptualiser les phénomènes sociaux et organisationnels relevant du “collaboratif”, entre pratiques, injonctions et
 rationalisations (Bouillon, Maas, 2009) ?


 2) Construire le « collaboratif » en organisation : technologies, compétences, pratiques
 L’organisation comme catégorie conceptuelle désignant un niveau intermédiaire de
 structuration du social plus ou moins institué et institutionnalisé (foules, réseaux sociaux, entreprises, associations, services publics...) constitue l’un des principaux domaines où s’entremêlent et entrent en tension les questions des modalités de l’action collaborative, de la prescription de cette action, de son équipement, ainsi que des injonctions dont elle fait l’objet.
 Après les groupware des années 1990 (Lépine, 2002), les intranets et portails
 d’entreprise Business to Enterprise (B2E) de la première moitié des années 2000, les plates- formes collaboratives « 2.0 » et les réseaux sociaux organisationnels occupent le devant de la scène depuis une dizaine d’années, poursuivant l’ambition d’étendre à l’espace organisationnel les promesses des réseaux sociaux numériques grand public (Galibert et al, 2012). Par ailleurs, des applications informatiques professionnelles se voient qualifiées de collaboratives. C’est en particulier le cas d’outils de gestion de la relation client dans l’industrie ou les services (Bouillon, 2016) ou de systèmes dédiés à l’intégration des parties prenantes intervenant dans la conception et la construction de bâtiments relevant du BIM (Building Information Modeling) au travers d’une maquette numérique (Chaudet, Patrascu, Bouillon, 2016). La mise en place de ces dispositifs s’accompagne de la tentative d’identification de « compétences collaboratives » (Bouillon, 2016) que devraient acquérir les acteurs pour devenir « aptes à collaborer », c’est-à-dire à agir collectivement pour mobiliser les technologies dans leur activité de manière efficiente selon les critères de performance plus ou moins précisément définis dans une logique gestionnaire : les outils sont indissociables des méthodes associées à leur utilisation dans les pratiques de travail, ils incorporent ces
 méthodes, qui contribuent à faire agir ceux qui s’en servent.
 Dans le prolongement des travaux portant sur les littératies numériques (Simonnot,
 2009 ; Le Deuff 2012), comment peut-on analyser la demande sociale visant à rendre “effectivement collaboratives” les technologies qualifiées avec cet épithète ? Comment qualifier les “compétences collaboratives” attendues ? Quelles en sont les implications sur la structure des métiers et des professions dans différents secteurs ? Au-delà, à quelles « formes de collaborations » conduit le « collaboratif » ? Comment qualifier cette notion polymorphe, qui peut pencher du côté de la coordination algorithmique d’une multitude d’individus ou renvoyer à des formes de coopération intenses liées à une activité effectivement collective ? Que nous dit-elle des transformations organisationnelles et professionnelles
 contemporaines ?


 3) (Nouvelles) formes d’organisations « collaboratives »
 Si le collaboratif se donne fréquemment à voir au travers de discours de rupture avec
 un ordre existant, il convient de s’intéresser à la nature de cette rupture et à son degré de réalité. Les discours idéologiques qui accompagnent l’émergence de ces nouvelles formes d'organisation mettent en avant le potentiel des technologies collaboratives à créer du lien social et un monde commun basé sur la collaboration. Or, lorsque la mise en relation entre différents acteurs est déléguée aux “actants algorithmiques” (Sarrouy, 2013), elle ouvre à une reconfiguration importante des rapports qu’entretiennent les acteurs en tant que sujets dans
 la composition d’un espace d’intercompréhension, de collaboration et d’action en commun.
 Quels types de rapports sociaux se dissimulent dans ces formes organisationnelles
 relevant de l’économie collaborative ? A quels modes de structuration du social renvoient- elles ? Sur quelles conceptions du collaboratif reposent-elles, que ces dernières soient implicites ou explicites ? Comment les différents “actants” (algorithmes, plateformes, monnaies) viennent reconfigurer les rapports entre les différents acteurs et leur “collaboration” (Sergi, Bonneau, 2016) ? Au-delà, quelles tensions peut-on identifier entre le collaboratif considéré comme base de partage (où des individus s’auto-organisent pour partager un bien commun partage de savoir-faire, de temps, de services...) et le collaboratif appréhendé comme base de nouvelles logiques marchandes (où les travailleurs sont mis en concurrence et leur mise en relation contrôlée et facturée à partir d’une plateforme telle que Uber, AirBnb,
 et d’autres services moins connus) ?

 Eléments bibliographiques
 Bouillon J.L. (2016), Technologies numériques d’information et de communication et rationalisations organisationnelles : les « compétences numé riques » face à la modélisation, Les Enjeux de l'Information et de la Communication, n°16/1, 2015, p. 89 à 103
 Bouillon J. L., Maas E. (2009). Figures de l'individu au travail, figures du «collaborateur».
 Communication & Organisation, (2), 56-68.
 Casilli A. A. (2010). Les liaisons numériques: vers une nouvelle sociabilité. Paris: Seuil.
 Chaudet B., Patrascu M., & Bouillon J. L. (2016). La maquette numérique dans le secteur du bâtiment. Revue française des sciences de l’information et de la communication, (9), https://rfsic.revues.org/2044
  Galibert O., Pelissier C., Lépine V. (2012). Convergences des logiques sociales de la collaboration et des communautés en ligne. In Miège B., Vinck D., Les masques de la convergence : enquêtes sur sciences, industries et aménagement, Archives contemporaines, p 197-222
 Le Deuff O. (2012). Littératies informationnelles, médiatiques et numériques: de la
 concurrence à la convergence? Etudes de communication, (1), 131-147.
 Lépine V. (2002). Une entreprise sidérurgique aux prises avec le groupware: apports d'une
 étude empirique. Les Enjeux de l'information et de la communication, 2002(1), 65-74.
 Livet, P., & Thévenot, L. (1994). Les catégories de l’action collective. In Orlean A. (dir), Analyse économique des conventions. Paris : PUF, 139-167.
 Sarrouy O. (2013) Des algorithmes comme actants interactionnels : formes organisationnelles et normes techniques dans le contexte des nouveaux medias. In : Communiquer dans un monde de normes. L’information et la communication dans les enjeux contemporains de la ” mondialisation ”, Mar 2012, Université Lille 3, France. pp.173, 2013. http://hal.univ-lille3.fr/hal-00839242v2
  Sergi V., Bonneau, C. (2016). Making mundane work visible on social media : a CCO investigation of working out loud on Twitter. Communication Research and Practice, 2(3), 378–406. http://dx.doi.org/10.1080/22041451.2016.1217384.
  Robichaud D., Cooren F. (Eds.) (2013). Organization and organizing: Materiality, agency and discourse. New-York : Routledge.
 Simonnot, B. (2009). Culture informationnelle, culture numérique: au-delà de l'utilitaire. Les Cahiers du numérique, 5(3), 25-37.
 Thévenot, L. (2006). L'action au pluriel: sociologie des régimes d'engagement. Éd. La Découverte.
 Zacklad M., (2015). Régimes de coopération dans les comportements collectifs médiatisés, in S. P. Alemanno (dir.), Communication organisationnelle, management et numérique, Paris, L'Harmattan. p. 153-158


Comité scientifique
Bernard Françoise, Aix Marseille Université Bonneau Claudine, Université du Québec à Montréal Bouillon Jean-Luc, Université Rennes 2
Bourdin Sylvie, Université de Toulouse 3
Chaudet Bruno, Université Rennes 2
Cooren François, Université de Montréal
Cordelier Benoît, Université du Québec à Montréal Durampart Michel, Université de Toulon
Gardère Elizabeth, Université de Bordeaux Montaigne Hémont Florian, Université Rennes 2
Kogan Anne-France, Université Rennes 2
Le Moënne Christian, Université Rennes 2
Lépine Valérie, Université Grenoble Alpes
Loneux Catherine, Université Rennes 2
Maas Elise, Université Libre de Bruxelles et IHECS Martin Juchat Fabienne, Université Grenoble Alpes Patrascu Marcela, Université Rennes 2
Sarrouy Olivier, Université Rennes 2
Zacklad Manuel, CNAM


Modalités d’envoi des propositions de communication

Date limite : 20 février 2017
Format : Word, 1500 signes (espaces compris), présentant dans leurs grandes lignes l’objet étudié, la problématique, le cadre théorique, le terrain, avec une bibliographie indicative et 5 mots clés.

A envoyer aux adresses suivantes : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 

Les communications feront l’objet d’une sélection en vue d’une publication dans l’année
 suivant l’organisation du colloque.