JE SFSIC - Digital Studies et SIC

DIGITAL STUDIES et SIC : DIVERGENCES OU COMPLÉMENTARITÉS ?
30 Mars 2016 - CNAM, Paris

Comme l’indique son titre, cette journée de réflexion souhaite questionner le positionnement des Sciences de l’Information et de la Communication sur le « numérique », mais aussi celui d’autres disciplines, nouvelles ou plus anciennes qui tentent de l’appréhender.

En mai 2015, lors de ses journées doctorales, la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication avait déjà organisé une table-ronde sur les Humanités Numériques, en montrant notamment l’ambivalence de ce syntagme. Les méthodologies et outils proposés nous ouvrent des perspectives d’ordre quantitatif, selon que les corpus maniés sont, ou bien construits par les chercheurs comme un véritable objet de recherche, ou bien considérés selon les critères et modalités qui ont présidé à leur constitution lorsque celle-ci est antérieure. Dans le même temps, ces moyens n’entraînent aucune économie quant à la formulation d’hypothèses préalables et la construction d’une problématique ancrée dans la discipline.


Le 30 mars 2016, la Sfsic souhaite réfléchir à ses approches plus spécifiques du « numérique », qu’elle a vu se constituer au travers d’études et de programmes de recherche d’envergure sur l’information, les métadonnées et les transformations à l’œuvre dans différentes catégories d’acteurs : les médias, qui ont été parmi les premières industries culturelles à numériser leurs chaînes de production ; les usagers, aux prises avec les bases de données, l’ordinateur, les contenus numériques, et les réseaux ou médias sociaux ; enfin les discours et les stratégies de l’ensemble des acteurs impliqués dans le phénomène numérique. De nombreuses expressions très présentes nous préoccupent par les logiques qu’elles portent et les enjeux qu’elles impliquent, sans pouvoir toutes les citer nous pensons aux territoires numériques, à la créativité, aux innovations communicationnelles, aux pro-am, aux objects connectés, aux big ou smart datas, sans parler des smart cities, à l’économie créative, aux livinglab, fablab : notre discipline est sollicitée.

De fait, notre communauté scientifique analyse et étudie depuis maintenant plus de 30 ans les manifestations, les représentations, les modèles économiques ou les stratégies liées à la mise en réseau, à la dématérialisation de l’information, et à celles des contenus ou programmes, aux statuts des usagers et à la place des usagers, etc. Pour cerner ce champ, ou ce courant de recherche (l’important n’est pas là), on peut évoquer trois types de travaux : les études de cas ou enquêtes de terrain longitudinales qui montrent les changements à l’œuvre dans des filières historiques et témoignent de leur généralisation ; les montées en théorisation questionnant les théories et les concepts qui nous sont familiers en les confrontant à une réalité sociale et économique transformée ; enfin, les propositions de concepts ou de problématisation, pensés comme des outils spécifiques à la réalité contemporaine, qu’il s’agisse de modèles ou de notions. Indispensables et complémentaires, ces trois approches montrent bien que notre objet, celui de l’information-communication s’est transformé, en profondeur autant qu’en extension, autour des technologies, des économies et des pratiques liées au numérique. Quel chercheur en Sciences Humaines et Sociales, ne prend pas en compte la dimension numérique des phénomènes qu’il étudie ?
Certes, celles-ci actent cette mutation au travers des Humanités Numériques, paradigme ouvert défini par un manifeste et largement relayé par les intitulés des masters récemment habilités, ainsi que les profils de poste à venir, et autres témoins académiques de l’évolution de notre discipline. Dominique Boullier, quant à lui, annonce une « troisième génération de sciences sociales » . Devons-nous donc prophétiser une « deuxième génération » des SIC ? Après tout, celles-ci ont plus de quarante ans d’existence, et se sont constituées au cœur de l’informatisation de la société . Ne faut-il donc pas saisir l’opportunité de revisiter notre discipline à l’ère numérique ?

Serions-nous ainsi en train de constituer une nouvelle approche des Sciences de l’Information et de la Communication, au sens des Digital Studies, telles que Stiegler les définit : « on pose que l’évolution numérique de l’extériorité technique, et des processus d’intériorisation que celle-ci provoque en retour, constitue un nouvel âge de l’esprit, une nouvelle vie de l’esprit, un nouvel esprit qui serait rendu possible par cette nouvelle forme de l’écriture qu’est selon nous le numérique qui impose de repenser l’esprit lui-même en totalité » . Cette conception à la fois limitée et ouverte intègre la « toxicité » du numérique, tout en l’instituant comme pharmakon contemporain  dont les vertus curatives seraient à valoriser.
Jusqu’à quel point le « numérique » imprègne-t-il donc notre discipline ? Il est présent dans nos terrains, nos méthodologies, les théories et définitions que nous pensons, nos pratiques professionnelles, ainsi que dans les nouvelles formations que nous proposons, etc. Que sont les SIC aujourd’hui au regard de ces multiples manifestations de la digitalisation ?
La Commission Recherche de la Sfsic à partager ce questionnement. Comme le rappelait l’appel à articles pour le numéro 8 de la RFSIC : « les Sciences de l’information et de la communication ont de longue date développé des théories et des paradigmes qui permettent de saisir et d’analyser les changements affichés par le numérique ». Ne faut-il pas aller au-delà aujourd’hui ?

Cette journée proposée par notre commission, première du genre, a pour objectif central de proposer un espace de discussion et d’échange aux collègues et aux étudiants de la discipline (tout particulièrement les doctorants), mais pas seulement. En effet les enjeux des transformations liées au numérique ne se réduisent pas à une approche disciplinaire, mais ouvrent vers un regard réflexif que les Sciences de l’Information et de la Communication gagneront à instruire et à construire.