colloque : Camps de réfugiés et enjeux de communication

 

Camps de réfugiés et enjeux de communication.

 
Journées européennes - 29 et 30 septembre 2016

 

 

« Cent titres ». Philippe Hérard. 2016.

 

 

Comité d’organisation :

Jacques Perriault, Claude G. Meyer, Jean-Louis Lhermitte, Edouard Kleinpeter, Romain Huet, Florine Garlot, Pascale Delille.

 

Entrée libre. Nombre de places limité. Inscription préalable à partir du 1er septembre 2016 : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

 

Cette manifestation s’inscrit dans une réflexion initiée dès 2005 à l’université de Paris X-Nanterre, puis au CNRS, sur les problèmes d’information et de communication qui se posent dans des milieux désorganisés par des catastrophes : comment obtenir des savoirs urgents pour faire face à une situation non prévue et comment le faire dans un milieu dont l’organisation a été mise à mal de façon inattendue ?

La notion de milieu désorganisé, empruntée à la sociologie et à la psychopathologie, désigne un milieu dont les modes d’organisation familiaux, relationnels (Soubi, Rainan, Kohen) sont fortement détériorés. Dans le sens que nous lui donnons, un milieu désorganisé comprend des éléments physiques (sols), des artefacts (infrastructures, transports) et des êtres vivants (humains, animaux, germes, etc…). Sur le plan formel, un milieu désorganisé peut s’inscrire dans un cube virtuel se composant de trois strates : 1) une strate géologique, avec l’infrastructure du sol, où peuvent arriver des accidents (inondations, séismes, etc.) ; 2) une strate qui comprend les équipements, immeubles et leurs interactions ; 3) enfin une strate sociale et culturelle qui comporte la vie sociale et culturelle, la dimension sanitaire, les accidents ainsi que les problèmes à résoudre.

Le camp de réfugiés représente un milieu désorganisé spécifique : c’est un milieu « réorganisé » suivant des logiques propres, dans lequel l’espace et le temps sont bouleversés (oisiveté du temps de l’attente). Le camp présente trois caractéristiques constitutives définies par Michel Agier : l’extraterritorialité (le camp est un hors-lieu, souvent non identifié sur les cartes), l’exception (le camp est soumis à une autre loi que celle de l’État dans lequel il se trouve) et l’exclusion (le camp est la forme sensible d’une altérité).

L’objet « camp de refugiés » sera appréhendé ici à deux niveaux. Le premier, le plus aisément accessible, relève de considérations humanitaires : accueil et traitement des réfugiés notamment. Le second est d’une plus vaste ampleur et se nourrit de considérations géopolitiques. De plus en plus de camps voient le jour sur la planète, au gré des conflits politiques et territoriaux. L’usage accru des réseaux sociaux entre ces camps y facilitera dans une certaine mesure les échanges d’information et de communication dont il peut être question dans l’évolution des coopérations et des conflits.

Les quelques travaux sporadiques sur les problèmes d’information et de communication montrent un important besoin de la part des réfugiés dans un contexte difficile et un environnement psychologique parfois lourd (insécurité, agression militaire, hantise du rapatriement forcé, stigmatisation de la solidarité, cohabitation avec les populations locales et harcèlement de tout ordre…). Nous sommes face à un déficit de savoirs dans ce domaine.

 

Problématique

Une première hypothèse concerne les pratiques d’information et de communication au sein du camp de réfugiés qui occupe ici une place centrale : quel est cet objet (le camp), constant dans les migrations humaines, et comment y fonctionnent des pratiques d’information et de communication ? Constitue-t-il un cadre organisateur de la communication et par conséquent de l’action ? Renforce-t-il le sentiment d’appartenance identitaire ? En quoi les orientations normatives et culturelles et les relations sociales contribuent-elles à y définir des logiques d’action ? Et comment sont-elles prises en compte par les professionnels de l’urgence ?

Se pose ici la question du sens (ruine des repères, quête de sens) ainsi que la reconstruction d’un sens autre (résilience, névrose post-traumatique, emprise sectaire, rumeur, etc.). Au niveau de la communication orale, comment faire face à la « babélisation » des camps ? Quelles sont les normes, codes et pratiques spécifiques (bricolages, improvisations) qui gèrent cette communication et lui attribuent un aspect singulier ? Dans ce contexte, comment l’espace est-il encodé ?

Une seconde hypothèse concerne la temporalité qui fonctionne par à-coups alternant urgence et attente, dans un univers temporel indécis et flottant. Quel rôle jouent les médias en l’occurrence ? Pourrait-on créer une « horloge » d’un camp qui y régulerait la vie quotidienne et sensibiliserait au « vivre ensemble » ceux qu’il héberge, contrebalançant ainsi l’hostilité croissante à l’égard des réfugiés ? Une troisième hypothèse concerne les outils de communication et leurs artefacts : quel rôle jouent le dessin, le pictogramme, le plan du camp, le smartphone, internet ? Il s’agira de préciser le rôle central du smartphone, l’un des biens les plus précieux des réfugiés. Peut-on alors parler de diaspora numérique ? Quel rôle jouent les outils informatiques qui, comme les bases de données, listent les personnes et indiquent leurs coordonnées. Une quatrième hypothèse concerne un rapport inversé au médias et aux ONG : peut-on imaginer que le camp de réfugiés soit lui-même un enjeu de communication, que ce soit au niveau des médias (le camp de réfugié comme enjeu dans la guerre que se livrent les médias) qu’au niveau de la communication des ONG ?

 

Questions vives

 

- Quels droits à la citoyenneté pour les réfugiés ? S'agit-il d'une question d'éducation ? Une incapacité à devenir des individus à part entière ? Quel « formatage » par le camp ?

- L'humanitaire est-il une réponse suffisante à la question des réfugiés et des migrants ?

- Quel pouvoir humanitaire face au laisser mourir ? Quel souci de la valeur humaine ?

- L'humanitaire est-il un mode de gouvernance par rapport à ce qui affecte les populations ?

- Pourquoi y a-t-il si peu de débats rationnels sur les politiques migratoires ?

 

Préconisations

 

Des propositions pourraient être élaborées à partir des réflexions de ce colloque, notamment :

- Existe-t-il une cartographie des camps établie sur la base du temps qui permettrait de tester une méthodologie sur un territoire aux fins de mieux comprendre les relations possibles entre les populations.

- Evaluer les politiques publiques et privées d’information et de communication.

- Dresser un catalogue d’outils et de procédés permettant la consultation locale de fichiers de ressources et de leur mode d’emploi en cas de détresse ainsi que des problèmes tels que les téléphones déchargés. Cela suppose la mise en place d’un observatoire et un site des pratiques innovantes en communication de catastrophe.

- Effectuer une veille technologique sur les systèmes de « réaiguillage » des messages média et radio.

- Construire un corpus de pratiques médiatiques inopérantes ou contre performantes vs catalogue de pratiques correctes.

- Veille technologique sur les innovations numériques

 

Bibliographie

 

Ait Ouarab S., Aspects de la communication de catastrophe dans une société à tradition orale : entre action civique et action institutionnelle. Thèse présentée le 2/12/2009 sous la direction du Pr. Jacques Perriault. Paris X Nanterre.

Agamben G., Homo Sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, Le Seuil, Paris, 1998.

Agbobli C., Kane Q., Hsab G., Identités diasporiques et communication, PUQ, 2013.

Agier M., Campement urbain. Du refuge naît le ghetto, Paris, Éditions Payot, 2013.

Agier M., (dir.) Un Monde de camps, Paris, La Découverte, 2014.

Akoka K., Crise des réfugiés ou des politiques d’asile ? « Idées.fr », 2016.

Chavel S., L’accueil des réfugiés : compassion ou justice ? « Idées.fr », 14 juin 2016.

Contal M. H., Revedin J., Vers une nouvelle éthique pour l'architecture et la ville, Sustainable Design, Vol. 1-2-3-4. 2011-2014-2016.

Delpla I., Une chute dans l’Echelle de l’humanité ou les topiques de l’aide humanitaire pour ses récipiendaires. Mots. n. 73, novembre 2003.

Dusenge V., Sibomana R., Auto-organisation des réfugiés dans les camps à l'Est du Zaïre (1994-1996), Presses universitaire de Namur, 2004.

Juanals B., Perriault J., Plan de secours et gestion de crise en situation d’urgence : une culture du risque à construire, Communication & organisation, N° 29, juin 2006.

Perriault J., (avec Brigitte Juanals), « Mobilisation immédiate de savoirs en ligne pour des situations d’urgence », in Vieira L., Pinède Wojciechowski, N., Enjeux et usages des TIC, aspects sociaux et culturels, Presses Universitaires de Bordeaux, Tome 1, 2005.

Rufin J.-C., L’Empire et les nouveaux barbares, Paris : éd. Lattès, 1991.

 

 

 

Programme du jeudi 29 septembre 2016

 

 

9h : Accueil café.

9h20 : Mot d’accueil par Pascal GRISET, professeur, Université Paris Sorbonne, directeur de l’ISCC et Jacques PERRIAULT, professeur émérite, Université Paris X Nanterre, ISCC Paris.

9h30 : « Un mot de sagesse » par Edgar MORIN*.

9h45 : Introduction aux journées par Claude MEYER, professeur honoraire,Université d’Evry-Val-d’Essonne, ISCC Paris.

10h00: Conférence inaugurale – Un monde de camps par Michel AGIER, directeur d'Études, École des Hautes Études en Sciences Sociales. Paris.

* Sous réserve

Session n°2 – après-midi

Une communication entre attente et urgence

Modératrice : Claude HANSEN

Regards de photographes

14h00 : camp de Choucha par Samuel GRATACAP

14h30 : camp de Grande-Synthe par Sara PRESTIANNI

15h00 : Discussion croisée

10h45 : Pause

15h15 : Le rôle des réfugiés dans l'urgence: expérience d'auto-organisation et de communication dans les camps du Zaïre (devenu RD Congo) dans les années 1990 par Virginie DUSENGE, Bruxelles.

Session n°1 – matin

Dire les migrants d'aujourd'hui

Modérateur : Romain HUET

11h00 : Les migrants et les institutions par René DUTREY, secrétaire général du Haut Conseil au logement des personnes défavorisées.

 

15h45 : Le défi d'Ebola : maintenir la libre circulation des biens et des personnes tout en protégeant la population par Jan-Cédric HANSEN. médecin, membre du bureau de la SFMC.

16h15 : Pause

 

11h30 : L'Europe face à la crise de l'accueil des réfugiés par Catherine WIHTOL de WENDEN, 
directrice de recherche CNRS (CERI, Sc. Po).

16h30 : Identification, dans le contexte de ville précaire, du concept de « sustainable architecture » par Marie-Hélène CONTAL, architecte, Cité de l'architecture Chaillot.

17H00 : Formes et délimitation du campement face aux « natures de l'urgence » par Jean-Louis LHERMITTE, plasticien Designer.

 

12h00 : Approche philosophique de la situation mondiale des réfugiés par Isabelle DELPLA, professeure de philosophie, Université Jean-Moulin (Lyon 3).

 

17h30 : Discussion croisée

17h45 : Dessiner à Calais (partager l’attente) par Anne GOROUBEN, peintre.

 

18h15 : Expression de dessins d'enfants en camps de réfugiés par Albane BURIEL, doctorante, Université de Rennes 2.

12h30 : Déjeuner libre

18h45 : Discussion croisée.

19h00 : Projection d'un film en "cinéma direct" de Gaspard Glanz pour les participants qui le souhaitent.

 

 

 

 

Programme du vendredi 30 septembre

 

 

 

Session n°3 – matin

Réfugié augmenté et précarité numérique

Modératrice : Florine Garlot

 

 

Session n°4 – après-midi

Les réfugiés, approches et enjeux pour les médias et les associations de solidarité

Modératrice : Souad AÏT-OUARAB

9h30 : Des camps de réfugiés dans un milieu déjà désorganisé : un horizon d'incommunication ? Le cas du Liban par Lina Zakhour, avocate au barreau de Beyrouth, Enseignante en infocom, USJ (Université Saint Joseph-Beyrouth).

14h00 : La question des réfugiés au prisme du frayage des sujets d'actualité, cadrages et frayages médiatiquespar Patrick BOURGNE, maître de conférences SIC, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) et Tourya GAAYBESS, maître de conférences SIC, Université de Lorraine.

 

10h00 : Lutter contre babélisation des camps : augmenter la communication à l'aide de pictogrammes par Elisabeth CATAIX-NEGRE, Ergothérapeute.

 

14h30 : Médias citoyens : un autre regard sur les réfugiés ? parThierry BORDE, journaliste et président de l’association Médias Citoyens.

 

10h30 : Réfugiés connectés et diaspora numérique par Claude MEYER, professeur honoraire, Université d’Evry-Val-d’Essonne, ISCC Paris.

15h00 : Des dispositifs de communication/médiation pour quelle intégration ? par André REBELO et/ou Lola COURCOUX du réseau Resome.org (ENS).

15h15 :Sortir des camps : les enjeux communicationnels parKalhed ZOUARI et Pascale DELILLE (laboratoire Communication et solidarité, ISCC, UBP).

15h30 : Discussion croisée.

11h00 : Pause

15h45 : Pause

11h15 : Le monde à témoins : la caméra comme objet transactionnel entre Israéliens et Palestiniens par Paul MOREIRA*, Agence Premières lignes.

* Sous réserve

 

16h00 : Table ronde : les réfugiés, un nouvel objet de com’ ? Anne Degroux, Consultante en communication d'intérêt général, anciennement Responsable de la communication d'Action contre la faim, Bruno DAVID, Directeur de la communication du Secours Islamique France et Président de Communication sans Frontières.

11h45 : Entrer, sortir d’un camp de réfugiés par Pierre-Louis FABRE, médecin, membre du bureau de la SFMC.

 

16h30 : OSM : cartographier les camps par Nicolas CHAVENT, Les libres géographes.

12h15 : En contrepoint de la communication par les médias, interroger le public de la rue par l'installation d'objets abandonnés par des migrants : Algeco, bateaux, gilets de sauvetage par Daniel PUROY, plasticien performeur.

17h00 : Regard extérieur sur les travaux de ces deux jours par Anne-Marie LAULAN, professeure émérite de sociologie, Université de Bordeaux III-Michel-de-Montaigne.

Synthèse des journées et ouvertures par Jacques PERRIAULT, professeur émérite, Université Paris X Nanterre, ISCC Paris.

12h45 : Déjeuner libre

18h00 : fin des travaux.