Evénement - JE Mémoire.num - Entre collecte et oubli, enjeux sociétaux et professionnels

 

Journée d’étude organisée par le laboratoire CRESAT EA 3436
Comité d’organisation : Marc JAHJAH, Carsten WILHELM, Timothée EUVRARD


Avec des conférences de
- Alessandro DE FALCO, legal specialist chez Google France
- Louise MERZEAU, Professeure en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense



Mardi 13 décembre 2016

FSESJ Campus Fonderie - Amphi 2 16, rue de la Fonderie - 68093 Mulhouse
Université de Haute Alsace

 

 

Programme Prévisionnel

Accueil 8h45-9h

9h00-9h15 Mot de Bienvenue et Présentation de la journée

Conférences

9h15-10h00    Alessandro DE FALCO, Legal specialist Google France   

10h00h-10h45 Louise MERZEAU, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Pause Café

11h00-12h15 Table ronde : Données personnelles, enjeux politiques et juridiques de l’économie numérique, animation Marc JAHJAH, CRESAT

Camille DESENCLOS, UHA, CRESAT, Une exception au droit à l'oubli: la collecte des données personnelles par les services d'archives

Karine FAVRO, UHA, CERDACC, Point juridique

Discussion avec : Alessandro DE FALCO et Louise MERZEAU

Pause Déjeuner 12h15-14h

14h00 Interventions : Médiatisation de la mémoire, pratiques et enjeux, animation

Claire SCOPSI, CNAM Paris, Présentation du projet Passerelles de mémoire

Rolf KAILUWEIT, Université de Freiburg, L’amitié digitale et l’enjeu de la mémoire

Catherine ROTH, UHA, CRESAT, Les médias de la mémoire. Protocole d’une résurrection numérique

Mélanie ANTOINE, Réalisatrice chez « Les Voix d’Ici : l’audioguide des habitants », présentation
du Projet [www.lesvoixdici.fr]

15h30  Table ronde générale - animation : Carsten WILHELM, UHA, CRESAT

Tous les intervenants et questions du public

16h00-16h15 Clôture par Louise MERZEAU

 

Argumentaire

Cette journée fait suite aux travaux du CRESAT autour de l'interprétation des données (Projets Traces 2013), des méthodes digitales (JE 2015), du projet CUMEN 2016-2017 et à son programme de recherche pluriannuel interdisciplinaire et interculturel sur l’usage des médias numériques. Elle contribue ainsi à un travail de recherche interdisciplinaire de notre laboratoire qui s’amorce sur les traces et les territoires, croisant les regards des professionnels et des chercheurs en sciences de l’information et de la communication, histoire, archivistique, avec les apports de la linguistique et du droit.

Chaque seconde, le moteur de recherche de Google mène une activité imperceptible pour les internautes : l’indexation. Ses mécanismes sont bien connus : elle consiste à parcourir le web au moyen de robots de lecture (crawlers) et à sélectionner les documents qui figureront dans un répertoire (appelé index) à partir de critères définis en amont par des ingénieurs et codés dans des algorithmes (le fameux Page Rank) . La politique de désindexation des contenus est, quant à elle, beaucoup moins connue. Quotidiennement, des acteurs de Google retirent en effet des documents jugés sensibles, signalés par des particuliers ou des institutions, qui pourront ensuite difficilement être retrouvés sur le web, comme son moteur constitue un point d’entrée incontournable. Le même processus, à peu de choses près, a également lieu sur les plateformes des réseaux sociaux tels que Facebook.
Ce geste de désindexation, qui rend de facto invisible, pose d’abord des questions juridiques, politiques et organisationnelles. Si, en effet, la plupart des moteurs de recherche sont situés aux États-Unis et jouissent ainsi d’un fair use favorable , leur activité s’exerce aussi dans des territoires européens qui leur sont plus hostiles. Retirer un document peut alors nécessiter de complexes négociations avec des cadres législatifs concurrents, des équipes situées dans plusieurs pays et des acteurs aux intérêts différents. Quels critères commandent l’interprétation d’une situation problématique ? Quel est le devenir des documents retirés de l’index de Google ? Ont-ils un nouveau statut juridique, matériel et ontologique ? Peut-on les penser sous le régime des « biens communs »  ? S’agit il de la mémoire qui appartient à tous ?
La gestion de la mémoire collective se pose alors également. Appareillées par des dispositifs , les modalités d’exercice de cette mémoire sont fragilisées. Les moteurs de recherche, comme la culture numérique, ont cependant une vertu heuristique : ils obligent à inventer de nouvelles formes de constitution de la mémoire, qui ne passeraient plus exclusivement par des foyers identifiés, comme les plateformes publiques ou propriétaires. Quelles « compétence[s] mémorielle[s] »  et quels nouveaux « arts de la mémoire » sont ainsi à encourager pour anticiper les risques d’une « démémoire »  cadrée ? Enfin, quelle place donner à l’oubli  ? Dans quelles conditions peut-il s’exercer ?
À l’inverse de la désindexation, de plus en en plus de projets commencent à voir le jour qui se servent des technologies de l’audiovisuel et du numérique pour produire, promouvoir, agencer et rendre accessible la mémoire d’un lieu, d’une communauté, d’une culture, d’une groupe de personnes. Quel rôle jouent les médias numériques dans ces activités mémorielles, les questions éthiques et sociales qui se posent sont-elles comparables à celle des moteurs et plateformes qui en assurent la diffusion ? Des passerelles entre ces pratiques peuvent-elles être pensées ?

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[1]Dominique Cardon, « Dans l’esprit du PageRank », Réseaux, 2 mai 2013, no 177, p. 63‑95 ; Bernhard Rieder, 2012, « What is in PageRank ? A historical and conceptual investigation of a recursive status index », computational culture.

[2]Le « fair use est une exception au copyright permettant à un tiers, si certaines conditions sont remplies, d’utiliser un contenu ou une partie d’un contenu qui ne lui appartient pas. » (Guillaume Sire, Les moteurs de recherche, Paris, La Découverte, 2016).

[3]Charlotte Hess et Elinor Ostrom, Understanding Knowledge as a Commons: From Theory to Practice, The MIT Press, 2011.

[4]Wendy Hui Kyong Chun, Programmed Visions - Software and Memory, MIT Press, 2013.

 

voir aussi :

  Louise Merzeau, « Les paradoxes de la mémoire numérique », Intercdi, n° 244, 2013, p. 68-71.

  La « démémoire » désigne l’activité qui consiste à effacer de la mémoire collective certains événements. Voir Paveau Marie-Anne, « Démémoire discursive et amémoire (in)volontaire », La pensée du discours [Carnet de recherche], http://penseedudiscours.hypotheses.org/?p=12318, 23 août 2013, consulté le 23 octobre 2016.

  Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Seuil, 2011.

 

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