Evenement - Séminaire Cartographies de l'invisible

RECHERCHE, ARTS, PRATIQUES NUMERIQUES  #16

 
Mercredi 21 mars 2018
10h00-13h00
 
IMéRA
Institut d’études avancées
2 place le Verrier
13004 Marseille
 
 
Cartographies de l'invisible
 
Comité d’organisation :
Jean Cristofol (Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence), Jean-Paul Fourmentraux (Centre Norbert Elias - CNRS/AMU/EHESS), Cédric Parizot (IREMAM,CNRS/AMU), Manoël Pénicaud (IDEMEC, CNRS/AMU)
 
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  Ghost Hunters, 2018 © Emmanuel Grimaud

Nicolas THELY (Professeur en arts, esthétiques et humanités numériques, Université Rennes 2, Directeur de la MSH Bretagne)

56th Venice Biennale : Tracking two art critics

Tantôt caricaturés dans les publicités et les séries télévisées, tantôt montrés du doigt pour leur opportunisme totalement voué à la cause du marché, les critiques d’art contemporain n’ont pas bonne presse. Dans l’entreprise de construction de l’image de la critique d’art, la littérature, la philosophie et les sciences sociales jouent un rôle important mais le critique d’art demeure une espèce difficilement observable ou plus précisément une espèce dont l’activité est difficilement cernable, mesurable et compréhensible. Je proposerai de revenir sur une expérimentation que j'ai menée il y a trois ans et qui a consisté à proposer à deux critiques d’art d'enregistrer leurs déplacements lors des journées professionnelles de la 56e biennale de Venise qui se sont déroulées du 6 au 9 mai 2015. Que peuvent nous apprennent les données récoltées sur la pratique de la critique d'art ? 

Emmanuel GRIMAUD (Anthropologue, Directeur de Recherche CNRS au LESC, Université Paris 10 - Nanterre

Chasse au fantômes et cartographie de l’invisible

Les chasseurs de fantômes (ghost hunters) recourent aujourd'hui à une multitude d'appareils et de technologies sophistiquées pour mesurer les champs électromagnétiques et s'aventurent dans des expéditions nocturnes en quête de présences à détecter avec lesquelles ils tentent d'établir une communication. A partir de chasses suivies en temps réel, on tentera de répondre à toute une série de questions, notamment celle de savoir comment cartographier un espace invisible ou encore pourquoi un tel déballage de technicité dans un domaine en apparence dominé par les croyances.     


Thématique du séminaire
Ce séminaire transdisciplinaire s’intéresse aux perturbations productives que génèrent les collaborations entre les chercheurs en sciences humaines et les artistes dans le domaine du numérique. Il s’inscrit dans la suite des réflexions et des expérimentations que nous avons menées à l’IMéRA dans le programme antiAtlas des frontières depuis 2011 tout en élargissant notre questionnement au-delà de la seule question des frontières. 
Dans le  domaine des sciences humaines et sociales, le recours aux pratiques numériques conduit à de nombreux bouleversements que ce soit dans la collecte, la production et le traitement de données, ainsi que l’élaboration de nouvelles formes de narration et d’édition. Le tournant numérique conduit les chercheurs à reconsidérer leurs méthodes, leurs catégories, leurs paradigmes, leurs orientations théoriques, leurs objets, leurs formes de labellisation et les cadres des champs disciplinaires. D’ailleurs, compte tenu des collaborations toujours plus nombreuses qu’implique le recours au numérique entre d’un côté les sciences humaines et de l’autre les sciences exactes et expérimentales, il semble plus pertinent de parler de Digital Studies que Digital Humanities.
Dans le domaine de l’art, le numérique ouvre également des champs de pratiques radicalement nouveaux. Il transforme la relation des artistes aux outils qu’ils utilisent et aux connaissances qu’ils convoquent, produisent ou questionnent. Il transforme le statut et les formes des œuvres. En introduisant de nouvelles modalités pour assurer leur circulation, il modifie également leur relation avec le public. Le numérique bouleverse la place de l’auteur qu’il place dans une relation dynamique par rapport aux flux d’information, de circulation des images, des sons et des formes. Il donne ainsi une nouvelle importance à l’invention de dispositifs dans lesquels ces formes sont données à l’expérience, ouvrant d’infinies possibilités d’interaction avec l’œuvre. Il donne enfin une nouvelle dimension au travail collectif, à des formes diverses de collaborations, d’échanges et de contributions. D’une façon générale, on peut dire que le numérique déplace les pratiques artistiques et conduit à réfléchir autrement les relations entre arts et sciences.
Ce séminaire rassemblera des chercheurs en sciences humaines (sociologues, anthropologues, politologues, géographes, historiens, littéraires), en sciences dures (informaticiens, physiciens, mathématiciens, etc.), des artistes (designers, hackers, programmeurs, média tactique, etc.) ainsi que des professionnels (industriels, chargés de communication, etc.). Notre objectif est de favoriser des croisements, des emprunts et des déplacements qui seront propices à l’identification de nouvelles pistes de réflexion et de recherche, voire à la mise en œuvre d’expérimentations collaboratives.
Chaque mois, des participants seront invités à présenter leurs expérimentations d’outils numériques de collecte (applications mobiles, capteurs oculaires, systèmes SIG, etc.) ou d’indexation et de traitement des données recueillies (bases de données, systèmes de visualisation ou de sonification, etc.). Certains feront part de leurs explorations de dispositifs d’écriture et de modélisation de la connaissance (jeux vidéo, machinima, web documentaires, etc) ou encore de nouvelles formes d’édition électroniques.
Trois types de questions seront développés.
1) Il s’agira tout d’abord de voir comment, et jusqu’à quel point, ces pratiques et instruments transforment notre rapport au monde, nos méthodes de recherche, la construction de nos objets, la modélisation et la diffusion de notre connaissance et de nos oeuvres.
2) Nous nous interrogerons aussi sur l’impact des processus collaboratifs qu’impliquent les pratiques numériques entre chercheurs, artistes et professionnels. L’objectif est d’évaluer les apports que chaque démarche (scientifique, artistique, professionnelle) apporte aux autres.
3) Nous verrons enfin comment ces processus collaboratifs bouleversent les champs disciplinaires, les points de vue et les formes d’autorité qui organisent notre recherche et notre pratique et conduisent à repenser de manière créative de nouvelles formes de rencontre entre les disciplines scientifiques et entre celles-ci et les non-spécialistes.
Débuté en janvier 2016, ce séminaire fonctionne selon un rythme de rencontres mensuelles, d’une durée de trois heures.

Partenariat
IMéRA - Institut Méditerranéen de Recherches Avancées (AMU)
Centre Norbert Elias (CNRS/EHESS/AMU)
Institut de Recherche et d’Etudes sur le monde arabe et musulman (CNRS/AMU)
Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence
Institut d’Ethnologie Mediterranéenne Européenne et Comparative (CNRS/AMU)