Compte rendu - AGADIR 2016 : L’identité au pluriel

 

L’identité au pluriel : compte rendu du colloque

 

Fathallah Daghmi, Université de Poitiers

 

 

 

La troisième édition du colloque international d’Agadir a été organisée par MIGRINTER (CNRS- UMR 7301) de l’Université de Poitiers et LARLANCO de l’Université Ibn Zohr et en partenariat avec la SFSIC et l’Association marocaine des sciences de l’information et de la communication du 18 au 20 mai 2016 à l’espace des Humanités de l’Université Ibn Zohr au Maroc. Le colloque s’est terminé par une visité culturelle d’une coopérative féminine de fabrication de produits traditionnels dans la région d’Agadir.

 

Le colloque d’Agadir 2016 a accueilli pendant les trois jours le colloque RECIPROC sur la thématique « Les questions d'éthique et déontologiques dans la professionnalisation des communicants » et la participation d’une vingtaine de chercheurs.

 

Contexte

La coopération entre Migrinter de l’Université de Poitiers et LARLANCO(Laboratoire de recherche en Langues et Communication) de l’Université Ibn Zohr d’Agadir a pris de l’ampleur à partir de 2012 grâce à une série de projets scientifiques rendue possible par l’action intégrée Volubilis/Toubkal autour du projet « Offres, usages et médias au Maroc ». Ce projet a donné lieu à l’organisation de manifestations scientifiques, à des publications communes et la co-direction de trois thèses en plus de la mobilité des chercheurs juniors et séniors. Les trois éditions du colloque international d’Agadir sont ainsi un exemple de cette collaboration fructueuse.

 

Force de la coopération scientifique Nord/Sud

Le premier colloque international d’Agadir 2012 (du 4 au 6 avril) a porté sur les « Usages et pratiques des publics dans les pays du Sud : des médias classiques aux TIC ». La deuxième édition d’Agadir 2014 (du 23 au 25 avril) s’inscrivait quant à elle dans la continuité des préoccupations soulevées par le « Changement médiatique et nouvelles pratiques langagières citoyennes ». Le choix des thématiques du colloque favorise des sujets transversaux portant sur les enjeux et les problématiques intéressant les chercheurs du Nord comme ceux du Sud. Ces deux premiers colloques avaient été labellisés par la SFSIC.

La troisième édition du colloque international d’Agadir 2016 (du 18 au 20 mai) s’inscrit elle aussi dans la continuité des préoccupations scientifiques soulevées plus haut. Elle porte sur l’« Identité au pluriel » et s’interroge sur le concept d’identité à partir des processus de médiation en œuvre dans les sociétés actuelles. Ce colloque a pu saisir les univers des appartenances dans les offres médiatiques, dans la multiplicité des publics, dans la diversité des usages et des supports médiatiques notamment numériques, dans les modalités d’accès et d’exercice de la parole publique, dans les logiques d’identification culturelles, politiques, religieuses, régionales, etc.

Ce colloque pluridisciplinaire a présenté toutes les caractéristiques d’une manifestation scientifique à savoir, entre autres, un argumentaire avec une inscription scientifique et pluridisciplinaire, un Comité scientifique international de chercheurs reconnus, un mode d’évaluation en double aveugle qui permet la sélection de contributions répondant aux critères scientifiques, etc. Le colloque ambitionne également l’ouverture et la valorisation des travaux de recherche des jeunes chercheurs et doctorants (participation d’une vingtaine de doctorants).

 

Une ouverture sur l’international

Le nombre de participants est 150 dont une cinquantaine de nationalités étrangères (principalement française et canadienne mais aussi algérienne, tunisienne, sénégalaise, libanaise, etc.) comprend les chercheurs participant aux différents ateliers du colloque, les trois conférenciers, les membres du comité scientifique du colloque, les représentants de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication (SFSIC), les chercheurs et doctorants du LARLANCO, les étudiants des différents Masters Langue et Communication de l’Université Ibn Zohr d’Agadir ainsi que les représentants des collectivités locales et territoriales de l’agglomération d’Agadir, des partenaires privés et du monde associatif, et lesmédias (presse et radios régionales et nationales, la SNRT télévision publique).

 

 

 

La mise en perspective à partir des trois conférences plénières

Lors du colloque d’Agadir 2016, les trois conférenciers invités ont abordé des aspects fort différents de la question des identités pour montrer la diversité des regards et des approches portés sur la question.Tourya Guaaybess explore une première piste de réflexion autour des rapports entre Occident et Pays arabes aux prismes des représentations véhiculées par les médias sur des expressions aussi répandues et stéréotypées que révélatrices de formes identitaires comme l’« opinion publique arabe » ou encore la « rue arabe ». Françoise Bernard engage une seconde piste de réflexion sur l’identité à partir de l’une de ses formes émergentes à savoir les éco-identités comme symboles des processus identitaires. Elle démontre la nécessité d’une une historicisation des questions identitaires afin de cerner leur portée et propose deux perspectives d’analyse de l’identité d’abord comme ouverture et ensuite comme clôture. Dominique Cardon quant à lui a proposé une troisième réflexion s’articulant autour de deux volets interprétatif et empirique pour caractériser la distance à soi comme un effet de la socialisation de formes publiques disponibles dans la fabrication des singularités numériques. Il a mobilisé la réflexion conduite sur les mécanismes de « contrôle du dé-contrôle » qui font suite aux travaux de Norbert Elias pour identifier les caractéristiques des nouvelles figures d’expression personnelle en ligne à partir d’une enquête sur la pudeur et l’impudeur sur les réseaux numériques.

 

Plus de 50 de communications et 70 communicants

Une dizaine de communications ont exploré les thématiques du premier atelier qui mettent en scènes les identités minoritaires, identités majoritaires et médias : culture, région, ethnie, migration, langue, frontières,etc. Une quinzaine de communications ont abordé les problématiques des identités sur les réseaux numériques : modalités des usages et pratiques sur les sphères numériques. Une quinzaine de communications ont exploré l’axe des identités et médias : logiques de l’offre et identification. Le reste des contributions a été consacré à l’analyse des identités en rapport avec les types de publics, avec les acteurs médiatiques ou avec les marques et logiques commerciales.

 

En somme, les différents contributeurs du colloque se sont donc attachés à éclairer les mécanismes de construction des identités et des modes d’identification dans les discours, les usages des citoyens et les pratiques professionnelles. Ils montrent comment ces phénomènes sont chargés de symboles identitaires, de l’usage des mots et des images à la mobilisation de mythes en passant par l’histoire, l’identité apparaît comme une identité narrative, une identité sociale, une identité culturelle, une identité politique, une identité citoyenne, une identité numérique, une identité commerciale. Ces logiques d’appartenance renvoient aux diverses projections des membres de groupes dans un univers de pratiques, de valeurs, de rites, de symboles qui font sens au sein des groupes sociaux avec des cadres d’échanges visibles ou latents. Ces choix et constructions sous-entendent des interactions diverses avec les contextes techniques, politiques, culturels, historiques et des logiques d’identification, de légitimation et des enjeux sociaux variés.