17ème Congrès : Ateliers Cimeos-Laseldi

Congrès SFSIC 2010 Dijon
Ateliers CIMEOS (uB) / LASELDI (UFC) : Présentation

Dispositifs pauvres, venus d’ailleurs et d’à côté


La culture, le sensible, la gouvernance, les sciences, les émergences : les propositions des chercheurs des laboratoires CIMEOS (Université de Bourgogne) et LASELDI (Université de Franche-Comté) relèvent d’un même questionnement : les Sciences de l’Information et de la Communication ont-elles des choses à dire et à proposer dans des secteurs, sur des dispositifs qui ne sont pas encore habituellement les siens ? Inversement, on pourrait émettre l’hypothèse qu’en allant chercher sur les marges, les SIC vont trouver une matière à enrichir leurs concepts, adapter leur méthodologie et, au lieu de perdre leur âme, gagner en reconnaissance.

Comme interdiscipline, les Sciences de l’Information et de la Communication sont poussées à visiter ces objets et ces terrains en se nourrissant des approches des autres champs disciplinaires, à se confronter à elles et à les dépasser. Elles sont aussi amenées à définir leur rôle par rapport à ces autres champs, allant jusqu’à proposer de les accompagner dans leurs réflexions et dans leurs actions. Enfin, ces objets et ces terrains sont des objets et des terrains à forts impacts sociétaux. Ils conduisent, en posant le principe « d’accompagnement du changement social » par la recherche, non à situer dans une perspective de prescription ou d’instrumentation, mais bien de partir des pratiques sociales afin d’aider leurs acteurs/auteurs à les conceptualiser et à les problématiser.

En somme, l’ailleurs, l’à côté, le pauvre, le neuf constituent un véritable laboratoire pour les Sciences de l’Information et de la Communication.
 

 

De la médiation à l’action culturelle
Claude Patriat, Isabelle Mathieu

 

Les recherches en SIC sur le champ de l’art et de la culture ont, jusque-là, porté principalement sur la médiation. Si ces travaux ont incontestablement produit des avancées aussi importantes que nécessaires pour la construction de la médiation culturelle en tant qu’objet scientifique, ils ne rendent pas toujours compte de l’ensemble de ses aspects dans ses dimensions sociale et politique. Le champ culturel, par sa nature même de lieu de production de sens et de biens symboliques, est situé à l’intersection du matériel et de l’immatériel. Dans ce champ croisé, la médiation, en tant que processus d’énonciation intersubjective, n’est jamais complètement autonome par rapport à l’intention de l’artiste, au récepteur, aux conditions de production et de réception des œuvres.
Mais au-delà des formes que peut prendre la médiation, il convient également de considérer plus largement le sens que l’on peut lui donner, soit en termes de proposition artistique, soit en termes de projet politique. Aussi, il nous semble aujourd’hui nécessaire, sur la base des travaux déjà effectués, de tenter d’élargir l’approche, afin de rendre compte de la médiation culturelle dans toutes ses dimensions. À la différence d’autres formes de médiation sociale, la médiation culturelle n’a pas seulement à réduire la distance entre deux pôles : elle doit aussi participer à la construction tant individuelle que collective de valeurs et de symboles fondant la vie sociale. Dans cette perspective, il convient de l’envisager, plus largement, comme un des processus de l’action culturelle ; c’est-à-dire de façon globale et transversale, en tant que participant à un projet politique et social.


 

L’approche « communicationnelle » du livre : État des lieux, mise en perspective, valorisation.
Pierre Bruno

 

Les approches scientifiques du livre sont assez communément réparties entre deux disciplines, les études littéraires et la sociologie. Aux unes, l’étude des œuvres et des auteurs, à l’autre celle des pratiques et des publics. Pour autant, les Sciences de l’Information et de la Communication ont intégré, pour des raisons diverses, certaines approches n’entrant pas dans le cadre de ces deux disciplines (formation professionnelle, socio-économie du livre…). Les travaux sur le livre et le littéraire trouvent leur place de plusieurs manières au sein des SIC définies comme discipline dépassant les clivages disciplinaires :


1)    La progression des savoirs s’est heurtée à la nécessité de dépasser les approches réductrices qui peuvent prévaloir dans l’approche de biens culturels analysés par le seul prisme des pratiques (en sociologie) ou de la personnalité et du savoir-faire de l’auteur (en littérature).
2)    La professionnalisation des médiateurs du livre a généré un besoin de formation post-bac pris en charge initialement par les IUT
3)    Les disciplines établies tendent à obéir à des logiques plus subjectives. Ainsi les études littéraires restent-elles marquées par une définition de leur corpus qui a pu être jugée restrictive et qui a pu longtemps exclure l’étude des littératures sérielles ou des textes pour la jeunesse.

Plusieurs travaux se sont intéressés au rôle joué par les littéraires dans la constitution des SIC. La notoriété de certains d’entre eux (Robert Escarpit, Roland Barthes ou Algirdas Julien Greimas) ayant, selon Jean François Tétu  joué un rôle notable sinon quantitativement du moins qualitativement sur la reconnaissance de la nouvelle discipline. Comme le rappellent Palermiti et Polity, la dernière thèse en « sociologie de la lecture » remonte à 1990 et ce objet d’étude ne figure plus dans les états des lieux les plus récents des objets des SIC . La question se pose de savoir si ce courant est en réel déclin ou s’il souffre surtout, par son éclatement, d’un manque de visibilité.

Cet atelier nous permettra de nous réunir et de réfléchir à toutes ces questions. Après une introduction générale, nous pourrions laisser ceux d’entre vous qui le désirent présenter différents travaux et perspectives sur le livre avant de débattre tous ensemble des questions transversales (spécificité d’une approche communicationnelle du livre, paradigmes et méthodologies, influence de la constitution des sections universitaires sur la production et la reconnaissance du savoir…). Pour finir nous réfléchirons aux actions à mener pour valoriser, dans l’avenir, l’ensemble de nos recherches. Afin de préparer au mieux cet atelier et ces discussions, auriez-vous l’amabilité de me faire parvenir les travaux que vous avez envie de présenter et les questions que vous souhaiteriez voir aborder ?
 
Contact : pierre.bruno(at)iut-dijon.u-bourgogne.fr
 

SIC et Intelligence Territoriale
Cyril Masselot

 

Les récents événements sociaux observés au niveau mondial, des crises financières et économiques à la crise sociale actuelle, poussent à imaginer de nouveaux modes de conception d'une gouvernance territoriale revisitée. Il semble inopportun dans le contexte actuel de continuer à vouloir structurer des communautés selon des schémas verticaux (du haut vers le bas, ou du bas vers le haut) sans une réelle co-construction d'une vision concertée des enjeux comme des besoins sociaux. Associer les acteurs territoriaux au développement territorial ne suffit plus ; l'appropriation d'une vision prospective s'avère parcellaire car encore inscrite dans une expression extra-territoriale dominante. Les communautés ont alors besoin de s'organiser par elles-mêmes, et pour ce faire, de concevoir et construire les dispositifs socio-techniques d'information et de communication nécessaires à de nouveaux modes de gouvernance.
Il est alors légitime de s'interroger sur les processus informationnels et communicationnels produits : quelles hypothèses les sous-tendent, voire les structurent ? Quelles dimensions, quels rôles, quels objectifs leurs sont attribués : simple outil de management de projet, démarche de dynamisation partenariale, construction socio-cognitive du changement social ?
Quels enjeux tangibles en découlent ? Quels usages ? Quelles expériences illustrent ces différentes approches de la relation entre communication et intelligence territoriale ?
De nombreux dispositifs et objets peuvent ici être questionnés : les observatoires faisant appel à l'intelligence territoriale, plus généralement aux disciplines des sciences de l'homme et de la société, les programmes européens, les schémas locaux de cohérence territoriale, les dispositifs de développement du territoire (politique de la ville par exemple), ainsi que les organismes souvent modestes (associations, ONG) voulant établir des cartographies des besoins, des connaissances, des modes d'intervention, et des formations…
 
Contact :  cyril.masselot(at)univ-fcomte.fr
 

 

Le sensible, entre matériel et immatériel
Jean-Jacques Boutaud, Olivier Galibert et Pascal Lardellier

 

Pour le chercheur en information-communication, le sensible n’est pas condamné à cette « zone brumeuse du sens », dont parlait Greimas, là où le sens se perd dans l’indicible de l’être ou le mirage des émotions. Le contact indiciel avec le monde, la vie même des signes, dans la vie sociale, ou les tropismes de la relation et des échanges, dans leur forme expressive, voilà autant de manifestations du sensible au quotidien.
Quand le monde change ou que la société bouge, en traquant de nouvelles formes d’être, en soi ou ensemble, en élevant de nouvelles idoles ou en cherchant de nouvelles formes d’expression, de médiation, il est difficile de ne pas donner un caractère avant tout sensible à tous ces phénomènes. Mais en quels termes, sous quels traits, avec quelle  posture, pour le chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication ?  
Les SIC ont déjà cette générosité, qui fait parfois leur faiblesse, quand la démarche est trop naïve ou téméraire, de composer avec des registres différents, de croiser les regards. Un premier défi est, précisément, de voir en quoi le sensible renforce une démarche compréhensive en communication, sous des traits phénoménologiques, esthétiques, sémiotiques ou sociologiques, s’il fallait réunir un premier carré. Mais bien d’autres voies sont ouvertes, pour tracer les contours encore mal définis du sensible dans les SIC. Comment composer, notamment, avec l’instruction menée de longue date par la philosophie, l’anthropologie ou  l’histoire, sans réinventer l’eau chaude ou s’ébattre dans le petit bassin des recherches en sciences humaines.
L’univers des valeurs, à lui seul, s’incarne dans des formes matérielles et immatérielles, des objets, des signes et des discours, portés, de plus en plus, par des régimes sensibles : hédoniste, ludique, convivial, cool, durable, etc. Là où l’habitus renvoyait à une position, enclavée dans un style de vie, l’ethos en appelle davantage à une disposition, pour composer avec des formes de vie labiles. Là encore, en dehors de ces traits sociologiques, quel est le regard des SIC sur ces problématiques, tout particulièrement sous l’attrait des dispositifs, des discours, des médiations, des processus de signification mis en jeu ? On pense aux mutations sensibles dans l’entreprise, aux nouveaux rapports avec les médias, aux communautés médiatiques qui se créent, au primat sensoriel et expérientiel dans la culture ou les loisirs, ou toutes ses formes sensibles qui éveillent ou réveillent notre rapport au sens. Mais la balle est dans le camp des SIC. A elles de jouer.
 

La vulgarisation des sciences vue des SIC
Daniel Raichvarg et Philippe Ricaud

 
La vulgarisation des sciences est souvent vécue et pensée comme un ensemble peu formalisé d’actions d’éducation scientifique qui se joueraient en dehors de l’école ou en complément. Cette conception « transmissive » ne résiste pas à l’analyse des dispositifs contemporains où les savoirs scientifiques sont à l’œuvre. Cependant, nous savons maintenant, grâce aux nombreux travaux de la sociologie des sciences que la science ne s’est pas construite sans communication. Cela conduit à chercher la place de cette communication dans ce processus d’appropriation : production de nouveaux sens ? de nouveaux liens ? de nouvelles images ? Ce « modèle communicationnel » sort la vulgarisation de son rôle traditionnel (instruire le grand public), et lui assigne celui d’aider le grand public à penser la science, voire de l’envisager en termes de gouvernance.
On peut inspecter les objets qu’on peut qualifier de « populaires-médiatiques » et qui se trouvent pris dans des systèmes communicationnels autrement qu’à la loupe de la sémiologie, voire de l’esthétique. On peut aussi regarder du côté des chercheurs, pris dans des enjeux relativement nouveaux (en tout cas socialement installés depuis les années 1980). Certains programmes essaient de comprendre leurs difficultés dans la communication. D’autres tentent de mesurer l’évolution de leur action en matière de communication et de justifier à leurs yeux la vulgarisation. Mais on peut aussi changer de regard, par exemple, en important dans notre champ la question du story telling, procédé clairement à l’œuvre dans la communication interpersonnelle ou bien dans les émissions de télévision.

Un dépoussiérage des méthodologies est donc nécessaire, puisqu’elles sont liées aux problématiques, elles-mêmes dépendantes des théories sous-jacentes. Les récits de vie, l’atelier-entretien et l'entretien collectif sont davantage adaptés au modèle communicationnel. Au final, ou plutôt au début, il y aurait le principe d’une communication scientifique considérée comme productrice de sens, permettant une appropriation de la science par le grand public... La vulgarisation considérée comme un discours sans fin, plus wonderful que la pile Wonder…

 


 

Actions, tensions et conversions culturelles de la diversité médiatique
Eléni Mitropoulou

 

En fonction de la complémentarité entre Sciences de l’Information / Communication et Sciences du Langage, cet atelier souhaite attirer la réflexion sur les phénomènes actuels de la médiation (mass) médiatique. La problématique est celle d’une Sémiotique de la Communication qui questionne les formes de communication constitutives de la diversité médiatique comme formes signifiantes culturellement.
Trois points d’ancrage peuvent engager une telle problématique :
1 - Forme de communication et rupture en communication
La communication médiée, de masse ou non, ne cesse de produire des formes d’expression qui introduisent une double rupture. Il s’agit, d’abord, d’une rupture diachronique : l’apparition d’une nouvelle forme succède (sans jamais s’ajouter, comme le précisait Mcluhan) à la forme connue et pratiquée. Il s’agit, également, d’une rupture synchronique puisque l’apparition de la nouvelle forme altère culturellement l’actualité technologique du récepteur selon deux niveaux de la diffusion médiatique : un niveau inter médium  et un niveau intra médium.
2 – Formes de la rupture axiologique en communication
Le syncrétisme des deux ruptures, diachronique et synchronique, manifeste un autre niveau qui est extra médium. C’est celui du lien entre récepteur et média, lien qui a lieu hors pratique médiatique mais à l’intérieur de la nébuleuse du médiatique. C’est le niveau où la forme médiatique fait fonction de signe : elle est là pour représenter autre chose, en l’occurrence une hiérarchie de valeurs culturelles, c’est le niveau axiologique, en voie d’appropriation, c’est le niveau idéologique.
Nous pourrions désigner la première rupture, diachronique, par fonctionnelle. En effet, ce qu’un site internet dit « d’information » introduit de façon substantielle du point de vue de la communication c’est une autre fonctionnalité pour l’information au moyen d’une hiérarchie pour l’information médiatique. Cette fonctionnalité est d’une valeur culturelle.
Nous pourrions désigner la seconde rupture, synchronique, par organique. Par exemple, d’une part le « courrier des lecteurs » des magazines de la presse écrite par rapport au « blog » et au « forum », d’autre part le « blog » par rapport au « forum », sont les instruments substantiels des groupes de discussion. Comme instruments des pratiques culturelles ils introduisent une hiérarchie pour la communication médiatique.
Les deux ruptures, diachronique et synchronique, semblent être les rameaux d’une même branche : comme hiérarchies, elles in-forment la valeur médiatique comme compétence culturelle. A moins que ce ne soit le contraire : la compétence médiatique comme valeur culturelle ….
3 – Formes hybrides de la communication pour la communication
Ces formes plurielles constitutives de la diversité médiatique sont autant des traces : celles de l’émergence d’un nouveau lien à la communication qui perturbe non seulement les pratiques prototypiques de la communication médiatée mais également les pratiques de la communication interpersonnelle. En fait, les mutations culturelles provoquées par les formes d’expression médiatiques semblent introduire de nouvelles perspectives épistémologiques pour toutes les formes de communication. Aussi, la distinction originelle entre communications interpersonnelle, médiatée, self ou mass-média, devient l’enjeu d’une révision épistémologique nécessaire. C’est autour de cet enjeu que la présente proposition de session articule fondamentalement sa problématique. Si les ruptures opèrent dans plusieurs axes possibles, toutefois elles activent, en premier lieu, un axe épistémologique avec comme questionnement principal celui du devenir des formes traditionnelles de la communication dans les nouveaux espaces de la communication médiée. Il s’agit, plus précisément, d’interroger les nouveaux espaces occupés par les formes traditionnelles de la communication afin d’identifier les extensions et les intensions des nouvelles formes. Ces espaces s’avèrent culturellement très variés : espace artistique ou scientifique, espace politique ou publicitaire, espace administratif, éducatif ou ludique …. Alors, quel est le pouvoir intra et interculturel des formes actuelles de la diversité médiatique ? En quoi cette diversité des formes de la communication actuelle pourrait introduire des mutations au sein du « patrimoine médiatique » des pratiques culturelles  ?