Contribution au Rapport « Pour des sciences humaines et sociales au cœur des universités »

Chers collègues

Veuillez trouver ci-joint la contribution de la Sfsic au rapport du Conseil pour le développement des Humanités et des Sciences sociales, document remis au chargé de mission SHS lors de la réunion de travail du 11 mars dernier au Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Cordialement
Le Bureau de la Sfsic

icon Contribution au Rapport « Pour des sciences humaines et sociales au cœur des universités » 


  Paris, le 22 février 2010

Conseil pour le développement
des Humanités et des Sciences sociales


Madame Marie-Claude Maurel
Présidente
Monsieur Edouard Husson
Rapporteur

Contribution au Rapport

« Pour des sciences humaines et sociales au cœur des universités »

Préambule

La Société française des sciences de l’information et de la communication accueille favorablement la réflexion menée par le Conseil pour le développement des humanités et des sciences sociales, et partage son souci d’adaptation des filières SHS aux nouvelles réalités économiques et sociales auxquelles les universités doivent faire face. Elle partage un certain nombre de points développés dans le rapport « Pour des sciences humaines et sociales au cœur des universités » et se propose d’y apporter sa contribution.
En particulier, nous partageons l’inquiétude manifestée dans le document d’une université scindée en établissements de formation (des « collèges ») et en établissement de recherche. Nous pensons qu’un enseignement de qualité ne saurait se priver des apports de travaux de recherche d’excellence situés au cœur des établissements.  Nous sommes également sensibles, de par l’importante professionnalisation de nos étudiants, à la nécessité de relations constructives entre l’enseignement et l’entreprise, tant dans le domaine de la recherche que dans celui des contenus des cursus, dans le respect des spécificités du travail universitaire. Nous partageons aussi le besoin de promouvoir l’internationalisation et l’européanisation de la recherche pour l’inscrire délibérément dans l’Espace européen de la recherche qui se construit, etc. Il est aussi vrai que les  infrastructures en SHS sont absolument nécessaires et que les laboratoires en SHS doivent être dotés de moyens d’action à la hauteur de leurs ambitions.
Enfin, (la liste n’est pas exhaustive), nous pensons également qu’il est nécessaire de réfléchir à la réorganisation du temps de l’enseignant-chercheur, étant donné les contraintes scientifiques et administratives auxquelles il est désormais soumis.

Constats

Si la plupart des disciplines des sciences humaines et sociales ont été citées dans le rapport, nous nous étonnons du fait que la communication n’apparaisse qu’en termes de compétences et en aucun cas en termes de discipline. De même, le rapprochement qui en est fait avec  la gestion nous semble réducteur. Les sciences de l’information et de la communication (SIC) peuvent être considérées comme un exemple d’enseignement et de recherche adapté aux exigences d’une modernité complexe. En effet, nos formations construisent des ponts entre savoirs disciplinaires variés, en relation avec des entreprises très diverses et s’appuient sur une recherche largement basée sur des coopérations interdisciplinaires. Bien plus qu’une simple compétence « communicationnelle », les SIC ouvrent vers des métiers aussi variés que le journalisme, la documentation, les métiers du livre et des bibliothèques, la publicité ou encore la communication des organisations, les usages – actuels et émergents- des TIC. Elles ont une expertise traditionnelle sur la veille, le traitement, la sélection et la qualification de l’information dont l’extrême abondance nécessite le développement de recherches dans des domaines aussi pointus que le « data mining », la veille stratégique, ou encore les technologies de surveillance et de protection de la vie privée.
Nous souhaitons insister sur l'importance de la recherche fondamentale qui est aussi, création d'objets d'étude inédits exploitables et/ou perfectibles sur le long terme. Ces résultats concrets de la recherche  ne peuvent aboutir qu’en affranchissant les acteurs sur le court terme d'un  souci d'efficacité/utilité. Sans compter que ce souci est la meilleure façon d’éviter à tout chercheur d'avoir une véritable réflexion critique sur le présent ou l'existant en vue de son évolution future.
En ce qui concerne la professionnalisation, le rapport gagnerait à mieux mettre en évidence les différents niveaux de professionnalisation des disciplines des SHS. Certaines d’entre elles, à l’exemple des sciences de l’information et de la communication, ont un niveau d’employabilité très élevé, du fait de l’explosion des métiers de l’information et de la communication depuis plus de 20 ans maintenant. Notre spécificité au sein des SHS vient sans doute, également, des liens forts tissés avec l’entreprise grâce à tous nos anciens étudiants, actuellement en postes à responsabilité dans le privé, et à nos filières professionnalisantes qui balayent tout le spectre du LMD, des IUT aux doctorats préparés en contrat CIFRE.

Dans un esprit constructif, et prenant acte de la volonté du Conseil d’aborder des aspects très divers du développement des SHS, nous souhaitons contribuer à sa réflexion par le présent courrier notamment, en lui soumettant quelques éléments qui nous paraissent utiles pour  l’avenir des humanités et des sciences sociales.

Propositions

La proposition principale est que les sciences de l’information et de la communication apparaissent dans le rapport final comme discipline à part entière, ce qui est au demeurant un état de fait. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette nécessité :

  • Les Sciences de l'information et de la communication (Sic) font partie des disciplines qui ont émergé au cours du vingtième siècle et ont pris place dans l'institution universitaire en 1974 par leur inscription au CNU. Parmi ces disciplines nouvelles, les SIC font partie sans doute de celles qui ont le plus de racines empiriques et les plus fortes communautés d’enjeux et de questionnements avec la société contemporain.
  • La référence constante à « la communication » ou à la « société de l’information » dans les discours publics comme dans la communauté internationale et à l’UNESCO, attestent de l’importance des Sciences de l’information et de la communication dans les problématiques scientifiques et sociales contemporaines. 
  • La présence dans l'université française de  plusieurs centaines d'enseignants-chercheurs et des milliers d'étudiants, l’existence d’équipes de recherches reconnues et extrêmement dynamiques, ainsi que l’offre de plusieurs dizaines de cursus de formation montrent l’ancrage des SIC dans l’université française.
  • Elles sont représentées au CNRS par l'Institut des sciences de la communication (ISCC).
  • Etc.

A ces divers titres, il nous paraît raisonnable de les voir citées dans la version finale du rapport que vous êtes en train de préparer. De plus, elles contribuent à votre argumentaire sur plusieurs points:

1/ dans le volet formation

  • Par leur origine même, par  leur constitution en filières professionnalisantes (IUT,
  • Licences, Licences Pro, Masters) les SIC sont à la pointe des efforts du Ministère pour promouvoir la professionnalisation (champs et contextes professionnels, stages, alternance, liens avec les acteurs socio-économiques, suivi de l'insertion professionnelle, etc.)
  • Par leur participation aux enseignements fondamentaux professionnels et épistémologiques de tous les cursus professionnalisant (grandes écoles de commerce, de gestion ou d'ingénierie), au même titre que les langues ou les mathématiques. Elles auraient ainsi vocation à être l’un des piliers d'une nouvelle propédeutique (Licence 1), comme c'est le cas dans de nombreux pays étrangers.
  • Par la nécessité de reconversion de nombreux agents sociaux vers les métiers de l'information et de la communication ou la recomposition de leurs professions en relation avec les TIC, elles sont également constamment sollicitées dans la Formation Tout au Long de la Vie (formation continue, VAE...).

2/ Dans le volet recherche

La France a institué les Sciences de l'information et de la communication en tant que discipline à part entière, tandis que dans les pays anglo-saxons, les SIC étaient éclatées en études de communication, Journalisme, étude des média, imagerie numérique, multimédia, sciences des bibliothèques, bibliométrie, intelligence économique (compétitive intelligence), muséologie, médiations culturelles, médiations techniques, etc. De nos jours, la mondialisation qui joue dans les deux sens, est en train de diffuser le modèle français des SIC comme discipline fondamentale, mieux à même d’accompagner et d’étudier la convergence multimédias et ses effets anthropologiques et sociétaux.
Il serait regrettable que l’omission des SIC dans le rapport final démontrât à nos collègues étrangers que cette originalité n’est pas reconnue dans son propre pays et que celui-ci ne sait pas exporter sa production originale, sa science et ses concepts.
Mme la Ministre a, en effet, réaffirmé dans plusieurs de ses propos et discours l'importance de la pluridisciplinarité. Les Sciences de l'information et de la communication apportent l'expérience de cette pratique, par les champs divers d'où viennent une partie notoire de leurs chercheurs, la variété des sources épistémologiques qu'ils utilisent et la diversité des méthodologies dont elles savent faire usage dans des contextes de collaboration scientifique.
Les SIC ont su cultiver une  tradition de recherche très ancrée dans la réalité économique et sociale (problématiques des TIC, des relations sociales en contexte de travail, des médias et de l'espace public, de la médiation sociale, culturelle et sanitaire, de la formation, etc.), nourrie par la dynamique des laboratoires de recherche et de leur activité éditoriale ainsi que de leurs relations avec les grands opérateurs et laboratoires du secteur privé.
.

Pour les étapes à venir

Votre rapport d’étape doit désormais se compléter par d’autres points à traiter, notamment les questions d’évaluation, les orientations de la recherche française en SHS dans un contexte d’internationalisation, le malaise des enseignants-chercheurs face à la multiplication des missions de l’université et à la transformation des institutions qui pilotent la recherche. Sur ces points, nous souhaiterions également vous apporter notre regard.

Concernant la question complexe de l’évaluation. La Société française des sciences de l’information et de la communication est convaincue de l’importance de développer une véritable culture de l’évaluation qui respecte les singularités disciplinaires et les relations transdisciplinaires, comme les politiques éditoriales. Une telle culture devrait partir de la diversité et des différences en les considérant comme des richesses essentielles en matière d’enseignement et de recherche. Il s’agit donc de considérer l’évaluation comme un processus perpétuellement négocié et ajusté et non comme un modèle de la norme figé ou imposé sans prise en compte des singularités et des émergences. Tous les indicateurs étant limités et évolutifs, il s’agit évidemment d’affirmer que la question la plus importante est, à chaque moment, celle de trouver les indicateurs d’évaluation les plus appropriés.
Comme vous l’avez souligné dans le rapport d’étape, les contraintes accrues de publication à l’international entraînent une pression croissante sur les chercheurs. La mise en place de critères quantitatifs d’évaluation qui transcendent les disciplines se traduit par une normalisation latente des formats de publication et incite à la concentration autour de revues anglo-saxonnes, au détriment de coopérations internationales avec d’autres ères géographiques, notamment en Amérique Latine.
Sur la question des orientations de la recherche française, il nous semble opportun de créer un observatoire des usages, des pratiques collaboratives et des métiers liés au développement de l´Internet. Ceci relève à la fois de l´évidence et de l´urgence. Tous les secteurs (science, politique, culture, enseignement, industrie, gestion territoriale, etc.) sont directement et intensément concernés par le développement des réseaux.  L´internaute est la figure générique et universelle pour qualifier les usages citoyens, éducatifs, politiques, culturels, parentaux, consuméristes, amoureux, etc., de la sphère Internet. Entre utopies et nouvelles pratiques, entre blogosphère et entreprise intelligente, émerge une culture de la collaboration et de la communication. Mais l´utopie est contrariée par des usages ou des effets plus discutables : gestion par l´urgence ou la surveillance, fragmentation de la connaissance, gouvernance des réseaux contestée...
La communauté des chercheurs en sciences de l´information et de la communication est aujourd´hui très impliquée dans les recherches de pointe sur l´ensemble de ces questions. Elle noue, via ses filières universitaires spécialisées, de nombreux liens co-productifs avec les professionnels de l´information et de la communication (presse, médias, métiers du livre et de
la culture), mais également avec les filières qui s´approprient, souvent de façon inattendue, les fonctionnalités nouvelles du Web 2.0 (le monde vitivinicole, par exemple). Droit social, management, ingénierie, gestion des ressources humaines, communication interne et externe, marketing et force de vente, gestion financière, etc., tous les métiers, toutes les fonctions d´entreprise sont, au premier chef, concernés par ces innovations. Il devient donc urgent de comprendre les nouvelles normes à l´œuvre dans les sphères du travail et des organisations dans une économie numérique mondialisée. Au vu de la rapidité des changements, la qualité des formations universitaires, en réponse aux attentes professionnelles, en dépend.
 
Enfin, quant-au malaise des enseignants chercheurs, les craintes n'ont pas été dissipées et les sujets d’inquiétudes restent nombreux : mise en concurrence, sur un mode libéral, de l'université, absence de moyens, critères d’évaluation discutables...
Sur toutes ces questions et bien d’autres, la Société française des sciences de l’information et de la communication est prête à participer à l’analyse et à la compréhension des sciences humaines et sociales à l’Université, de façon à tracer ensemble, la vision du futur.


Pour la SFSIC
Alain Kiyindou
Président
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.