Edito - Que faire qui n'a pas été fait?

Que faire qui n’a pas été fait ?

Que dire qui n’aura pas été dit ? Ici déjà : le journal Charlie, le musée du Bardo, la mosquée d’Aden, les ruines de Palmyre, devenues doublement ruines… Maintenant, une terrasse de café, le café comme espace public, avec le Procope en tête de gondole où Voltaire, Diderot et quelques autres philosophes préparaient la Révolution. Maintenant, un cabaret où, à la fin du XIXème siècle, Bruant ou Dranem, à leur manière, commentaient l’actualité.
Il y a eu rupture des réseaux sociétaux de communication – dans les prisons comme espace de radicalisation, mais pas uniquement : dans les quartiers et dans des familles qui découvrent « leur » converti, ainsi que le montre le psychanalyste Fethi Benslama. Alors, les terroristes devenus autistes aux mondes des autres ne communiquent plus, ni par la chanson, ni par la caricature, ni par le dialogue et n’y sont même pas sensibles, au contraire d’autres jeunes blacks-blancs-beurs de leur âge : ils tirent désormais à l’aveugle et à la sourde sur tout ce qui bouge, danse, vit au son d’instruments emblématiques des mécréants (toutes religions confondus, et sans religion aussi).

Après la rupture de ces réseaux sociaux de communication, ou déjà avant d’ailleurs, un seul canal communicationnel demeure qui installe un mur entre « eux » et « nous ». Ce mur, au contraire de celui de Berlin, est partout et nulle part… Du monde académique entier, vous et nous parviennent des messages d’affection et de solidarité au nom de ce qu’on appelait « les Lumières ». Pendant la guerre froide, le « Cercle de Vienne » avait permis le maintien de la circulation de ces Lumières et les échanges académiques des deux côtés du Mur. Mais ce mur est donc désormais incertain dans l’espace et le temps : tu le crois ici et aujourd’hui, il est ailleurs et c’est déjà demain. Alors, que faire ? Que faire face à ce mur ubiquiste et hors du temps ? la Sfsic engage ses adhérents à multiplier les cercles d’échange et de coopération trans-générationnels, transculturels afin de rompre les tentacules de l’Hydre destructrice.