Edito - Voeux 2016

2016...

De la nécessité d’une approche critique de la communication

L’année 2015 a été, du début jusqu’à sa fin, une année périlleuse, violente, épouvantable pour la Société et les sociétés. Et souvent, nous avons dû prendre la plume pour tenter d’exprimer le point de vue de notre propre Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication. Ce n’était pas facile tant les questions d’information et de communication ont travaillé le monde. Les événements ont fait de la vie et de la mort des gens un objet de communication, une œuvre de communication : terrorisme, état(s) d’urgence, migrants… Nous ne pouvions pas ne pas réagir émotionnellement mais nous devions installer aussi une instance critique : les morts d’ici ne doivent pas nous faire oublier les morts de là, ceux d’aujourd’hui ne doivent pas nous faire oublier ceux d’hier et les morts de demain, ceux d’aujourd’hui. Car nous sommes traversés par les temporalités et la mémoire du monde est fragile, fragmentée, nomadisée par une flèche du temps de plus en plus acérée.

D’un congrès et d’un temps pour débattre et innover

Qu’en est-il de notre mémoire à nous, communauté des sciences de l’information et de la communication ? Elle nous importe : du 8 au 10 juin 2016, à Metz, nous tiendrons notre Congrès, précisément sur le temps et les temporalités en information – communication. Ce sera le 20ème Congrès de la Sfsic. En 1978, la communauté SIC commençait à se structurer à partir de collègues venus d’ailleurs disciplinaires qui allaient composer le paysage d’une inter-discipline. Quel message d’innovation ! Quel message scientifique fraternel ! Désormais, des cursus complets existent en SIC et on peut devenir docteur, enseignant-chercheur sans, finalement, se nourrir d’autres regards scientifiques sur le monde, au moins directement. Nous devons chercher néanmoins à continuer à créer du lien. Les possibles sont nombreux : de la présence de collègues d’autres disciplines dans nos jurys de thèse à la mise en place de colloques interdisciplinaires pour continuer d’ouvrir des pistes innovantes. Notre communauté a également grandi scientifiquement, parfois dans les tensions épistémologiques : là aussi, ces tensions sont nécessaires car elles participent de l’avancée et de la reconnaissance de la vie des SIC. Les temps ne sont plus cependant aux ruptures : la Sfsic souhaite, plus que jamais, contribuer à réunir, faire discuter les tendances, les points de vue, les problématiques. Notre communauté a enfin grandi en nombre - et c’est une bonne chose.

De l’avenir des SIC et jeunes SICards

Cependant, les SIC sont confrontées à de nombreuses tensions imposées, cette fois-ci, par « l’extérieur » : les laboratoires souffrent des limitations généralisées des crédits, les postes se font plus rares, les évaluations et les contraintes administratives de tous types font naître notre inquiétude. La Sfsic saisit aujourd’hui toutes les opportunités pour discuter avec les autres associations ou institutions qui participent de la vie institutionnelle tout autant que quotidienne des EC en SIC. La Conférence Permanente des Directeurs de laboratoires en SIC permet d’aborder les questions du point de vue des laboratoires, combien indispensables au développement de notre communauté : si les laboratoires y confrontent leurs difficultés et les solutions qu’ils peuvent apporter, le paysage des SIC apparaît ainsi plus nettement dessiné que dans d’autres disciplines. Des points cruciaux sont soulevés par le Conseil National des Universités - notre section la 71ème, mais pas uniquement - et par le Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, avec des équipes renouvelées. Des évolutions ont été discutées comme l’intégration des « produits de valorisation de la recherche » dans la reconnaissance de la qualité des laboratoires et l’élargissement des listes des revues dites qualifiantes. Cependant ce contexte génère bien des inquiétudes et appelle des prises de position : comment peut-on prendre en compte la dimension temporelle d’une carrière (toujours les temporalités !) quand un doctorant commence par communiquer aux Doctorales de la Sfsic – au hasard ! – premier contact avec l’ensemble de la communauté et de la reconnaissance de l’existence de cette communauté alors que, de fait, les actes ne sont pas considérés comme « qualifiant », quand un EC développe des projets de formation ou des projets avec la Société dite civile, partenaires associatifs ou industriels, dont on sait bien qu’ils sont coûteux en investissement en temps, en énergie (et en argent), quand un jeune chercheur se doit de construire aussi un CV en lien avec le monde professionnel où des pistes d’emplois se démultiplient, hétérogènes et diversifiées ? Le Conseil d’Administration de la Sfsic a été et sera très attentif et très présent dans toutes ces discussions.

De tout cela, nous reparlerons au Congrès. En attendant ce Congrès, qu’il nous soit permis de remercier les collègues messins du Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine pour le travail déjà accompli de telle sorte que vous soyez bien accueillis et que les discussions aillent bon train – mais pas à un rythme trop « accéléré » tout de même. Encore que la conférence que tiendra notre collègue Hartmut Rosa sera là pour nous chicaner un peu sur ce sujet…

A bientôt.

Daniel RAICHVARG, Président, au nom du Conseil d’Administration de la Sfsic