Ateliers méthodologiques de l'Inathèque de France

Ateliers méthodologiques de l'Inathèque de France
Lundi 9 mai ­ 14 H 30 - 85-87 rue de Patay,  75013 Paris.
Séance " Genre et médias " : approches croisées sciences politiques/cultural studies

 Les études portant sur le sexe des médias, les "gender studies" (études de genre) appliquées aux médias semblent se développer en France, comme l'atteste un récent numéro de la revue Médiation et Information (MEI) sur "Sexe et communication ", mais plus tardivement que dans d'autres pays, en particulier pour ce qui concerne la télévision. L'objectif de cette séance est de proposer un double chassé-croisé puisque des chercheurs venant de l'analyse du cinéma ou de l'analyse de la presse écrite se penchent aujourd'hui sur la radio et/ou la télévision, sans pour autant partir des mêmes bases théoriques, les sciences politiques d'un côté, une approche socio-culturelle (proche des cultural studies), de l'autre.

avec :
N. Burch (Professeur émérite, Lille-3), B. Rollet (Univ. London), G. Sellier (Professeure, Caen), C. Sourd (Allocataire IEP Lyon, UMR Triangle Lyon)
Le discours sur les candidat-e-s aux législatives en 2002 ; Représentation des homosexuel-les à la TV depuis le PACS ; Séries télévisées et rapports sociaux de sexe

Détail des interventions

- Cécile Sourd, Allocataire en Science politique (UMR 5206 Triangle, Lyon) :
" Femmes ou politiques ? Etude du discours médiatique sur les candidat-e-s aux élections législatives de 2002 en France "

Le constat de la très faible proportion de femmes à l¹Assemblée Nationale, malgré le vote de la loi dite sur la parité le 6 juin 2000, conduit à s¹interroger sur les formes de résistance institutionnelle, socio-économique, mais également symbolique à une entrée plus massive des femmes en politique. C¹est sur ce dernier registre que se penche notre étude, qui tend à mettre en lumière l¹influence éventuelle des médias de masse sur les représentations associées au genre féminin et au politique dans son acception traditionnelle. Le c¦ur de la recherche réside en une interrogation sur le poids de l¹appartenance à une " classe sexuelle "
(Goffman, 1977) dans le contenu médiatique produit, c¹est-à-dire à la fois sur le rôle du genre du personnage politique évoqué dans les articles/reportages, et, en filigrane de cette première interrogation, sur l¹influence possible du sexe du/de la journaliste dans le contenu produit.
Les médias " parlent-ils " de la même façon des hommes et des femmes politiques, et si oui, dans quelle mesure cela peut-il avoir un impact sur les modalités symboliques d¹accès de ces dernières au champ politique ?
L¹analyse quantitative de la représentation de l¹un et l¹autre sexe constitue en outre un indice probant des inégalités potentielles de représentation des acteurs/actrices politiques dans les médias. Les études de cas réalisées depuis deux ans tendent au final à prouver qu¹il existe bel et bien un traitement médiatique que l¹on peut qualifier de " sexué " du personnel politique, renvoyant systématiquement les femmes à leur genre et les hommes à un masculin pensé et dit comme universel. Notre étude de cas pour cet atelier consiste en une étude systématique de la représentation des candidat-e-s aux élections législatives de 2002 dans les journaux télévisés des 6 grandes chaînes hertziennes françaises. Notre objet est de montrer quels sont les registres discursifs utilisés par les journalistes pour parler des femmes et des hommes candidat-e-s, d¹en mesurer les écarts éventuels, et de les comparer enfin avec la même analyse réalisée cette fois-ci dans la presse hebdomadaire, dite presse News.


- Brigitte Rollet (Maître de Conférences, University of London) : " La représentation des homosexuel-le-s à la télévision française depuis le Pacs".


- Noel Burch (Professeur Emérite, Lille III), Geneviève Sellier (Professeur,
Caen) : "La représentation des rapports sociaux de sexe dans les fictions télévisuelles françaises"

Après avoir beaucoup utilisé les héros récurrents, la télévision française a mis en place avec succès depuis une dizaine d¹années des héroïnes récurrentes qui dépassent aujourd¹hui fréquemment leurs collègues masculins dans l¹audimat, et sont devenues des locomotives dans les stratégies de fidélisation des chaînes privées et publiques. Julie Lescaut, Une femme d¹honneur, La juge est une femme, Quai n° 1, L¹Ange gardien, S¦ur Thérèse, Blandine l¹insoumise, o­n ne compte plus les femmes providentielles en prime timeŠ Que signifie cette féminisation des séries à héros récurrent ? Une analyse narrative et socioculturelle des représentations fait apparaître dans la plupart de ses séries un modèle assez archaïque de " femme providentielle ", mère universelle, désexualisée la plupart du temps, souvent mère mais quasiment jamais amoureuse ou amante, dont l¹autorité tient à sa capacité à faire régner l¹ordre avec compassion. L¹héroïne récurrente de séries françaises s¹insère dans la longue série de figures patriarcales (au sens qu¹elles sont les gardiennes de l¹ordre patriarcal) que proposent les télévisions françaises avec Navarro, Commissaire Moulin, Le Grand patron, L¹Instit, Les Cordier juge et flic, Louis la brocante, Docteur Sylvestre, Louis Page, etcŠ Les séries à héros multiples, apparues plus récemment, et qui o­nt fait leurs preuves avec P.J. et Avocats associés, changent-elles la donne ? L¹absence d¹une figure patriarcale construite comme un modèle, ouvre indéniablement vers des représentations plus problématiques et plus variées des identités et des rapports de sexe, mais o­n retrouve cette tendance bien française à privilégier la représentation des rapports amoureux entre les sexes, ce qui aboutit à minimiser ou à rendre invisibles les rapports de dominationŠ Les formes très contraignantes de fidélisation liées à la série impliquent sans doute en France un certain conformisme, auquel par définition les téléfilms unitaires ne sont pas soumis. Nous nous proposons d¹explorer un échantillon représentatif de cette production dans les dernières années avec l¹hypothèse que les téléfilms sont sans doute un lieu de plus grande innovation dans les représentations des rapports de sexe à la télévision française.


Les coordonnateurs des ateliers : Michèle Lagny, Université de Paris III, Guillaume Soulez Université de Paris-III, Denis Maréchal, Inathèque.