Trucage et télévision
La revue CIRCAV-numéro 25

AAC complet: AAC - Trucage et télévision


Si la recherche sur le trucage cinématographique reste peu abondante en France, elle a toutefois permis d’en cerner certains enjeux techniques, esthétiques et économiques. L’article fondateur de Christian Metz en 1972, Trucage et cinéma, apporte une avancée majeure à la théorie du trucage, en particulier à travers sa triple catégorisation (trucage imperceptible, invisible, visible) et par les rapprochements qu’il effectue entre trucage et cinéma dans son ensemble. De même, l’essor du numérique a encouragé la multiplication de recherches sur le sujet, que ce soit sous l’angle de la performance capture (et donc des acteurs virtuels) (Grosoli et Massuet) ou de la « picturalisation » croissante du cinéma (Willoughby), parmi d’autres recherches. Or, ni l’approche fondatrice de Metz, ni l’essor du numérique pour ne citer que ces deux grandes voies, n’ont eu les mêmes impacts sur la recherche en trucage télévisuel.
Pourtant, le travail pionnier de Jean-Christophe Averty a fait l’objet de nombreuses études (Duguet), mettant en avant, comme le vidéaste le disait lui-même, sa parenté avec Méliès (Delavaud). De même, l’incrustation a souvent été analysée comme une des spécificités de la vidéo (Dubois), une « des plus fortes, des plus neuves, des plus spécifiques inventions de la télévision » (Fargier), et offre une base d’expérimentations que « l’art vidéo » n’a pas manqué d’exploiter, ainsi que différents trucages rendus possibles dès l’analogique par la nature même du signal (Bellour et Duguet, de Mérédieu). Enfin l’esthétique du clip (Jullier et Péquignot, Marion) repose aussi, en grande partie, sur les possibilités graphiques offertes par les outils vidéo.
L’essor du numérique, particulièrement novateur en France dans le courant des années 1990, a transformé en profondeur la façon de créer des publicités, des clips, et a autorisé de nouvelles émissions, où des chanteurs décédés se retrouvent sur scène avec des chanteurs contemporains, où le visage de dictateurs du passé est porté par des corps d’acteurs, sans que la couture ne soit perceptible. La mode des séries a elle aussi employé des trucages particuliers, entre contraintes économiques fortes et féroce inventivité. Enfin, les techniques de floutage, facilitées par le tracking numérique, ont totalement transformé le rapport des programmes avec la publicité clandestine, en rendant vraiment possible, jusqu’à l’extrême, l’application de la loi relative à la liberté de communication de 1986, camouflant la moindre marque dans l’image.
Le numérique a brouillé les frontières entre outils cinématographiques et outils télévisuels, faisant que les même logiciels se retrouvent sur le petit et le grand écran. En parallèle, les frontières entre le trucage et le non-trucage se déplacent : jusqu’où l’étalonnage, permettant de retoucher la moindre ombre, la moindre couleur, devient aussi du trucage ? En quoi l’appellation « monteur-truquiste », autrefois profession spécialisée, devient parfois une sorte de pléonasme, au point d’imposer une forme de polyvalence où le monteur participe, pour une large part, aux trucages du produit fini ? Comment analyser le label « Réalisé avec trucage », qui ornait depuis une mise en demeure du CSA en 1996 les sketches politiques du Vrai journal de Karl Zéro, en sus de défauts techniques volontairement très apparents ? Serait-ce le
signe que le vrai et le faux, en télévision, posent peut-être encore plus de questions qu’au cinéma ?
Ce vingt-cinquième numéro de la revue CIRCAV se propose d’établir un état des lieux réels et virtuels des liens entre trucage et télévision, en particulier à la télévision française, même si des approches internationales pourront être proposées.

Les propositions d’article, d’une taille de 2000 signes maximum, accompagnées d’une courte biographie de l’auteur, seront à envoyer avant le 15 septembre 2014 à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Les auteurs seront prévenus au plus tard le 15 octobre 2014. Les articles d’une taille de 30 000 signes maximum seront à finaliser pour le 31 mars 2015. La publication est prévue pour janvier 2016.