AAA – Trajectoires professionnelles en communication : atypies, hybridités et temporalités

Appel à articles – Communication & professionnalisation, vol.6, 2018

(Anciennement les Cahiers du Resiproc)

Les trajectoires professionnelles dans les métiers de la communication sont notoirement connues pour être atypiques. Bien que depuis de nombreuses années, nous ayons assisté à des tentatives de standardisation dans les établissements d’enseignement et dans les associations professionnelles (Baillargeon et al., 2013), souvent sous le coup d’une recherche de positionnement que d’un seul désir de rendre professionnelle la communication, les parcours professionnels des communicateurs demeurent hétérogènes (Coutant, 2009). La nature fondamentalement transdisciplinaire ou pluridisciplinaire de la communication appelle des professionnels aux compétences multiples, et aux postures éthiques parfois contradictoires (Maas et al., 2017). Se retrouvent ainsi confrontés des praticiens provenant de spécialisations aussi diversifiées que la sociologie, le marketing, la gestion, les ressources humaines, la politique, la psychologie.

 

Aussi voit-on des phénomènes de légitimation et de professionnalisation probants de cette atypie : capital professionnel bâti par « hopping » (McLeod, O’Donohoe et Townley, 2011; Nixon, 2003; Pratt, 2006) ou par des dynamiques de liens marchands (Cochoy, 2012); forte rhétorique sur le savoir, à défaut d’une pratique standardisée (Alvesson, 2004); quête constante et ambivalente d’un idéal déontologique et éthique (Maas et al., 2017); polysémie et équivocité des titres d’emploi (David et Motulsky, 2010); identification (ou «désidentification») à un statut professionnel (Jeffrey, Brunton, 2012); contestation du terme «professionnalisme» et croisement (nexus) d’importants questionnements théoriques et pratiques (Cheney et Aschcraft, 2007).

Cette quête incessante d’une professionnalité aboutit à une prolifération de formations et de certifications aux formats comme à la rigueur variables  (de la Broise et Morillon, 2014). Ainsi, les professionnels de la communication offrent des temporalités biographiques (Bessin, 2009; Dubar, 2004) atypiques, marquées par des retours aux études, de la formation tout au long de la vie, des oscillations entre projets personnels et projets professionnels, emploi en organisation et travail autonome ou consultation.

Par ailleurs, malgré des efforts de standardisation de la profession, la communication continue d’être le théâtre d’hybridations professionnelles. Les journalistes deviennent relationnistes ou producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); les mathmen deviennent les nouveaux communicateurs à l’aune du big data (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); les responsables des RH endossent la fonction de communicateur interne (Talal, 2013). Soulignons aussi les fertilisations croisées entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006 ; Stenger, 2012) Bref, autant d’indices que cette profession “échappe inévitablement à toute maîtrise systématique” (Champy, 2009, p. 84).

Depuis le lancement, en 2011, du RESIPROC, entre autres sous le coup du dévoilement de la Grande enquête sur les pratiques généralement admises (David et Motulsky, 2010), les activités du Réseau ont pu relever l’atypie des parcours des professionnels, dont la reconnaissance demeure constamment à faire. Soumise à des tensions (Baillargeon et al. 2013), à des dispositifs d’apprentissage instables (Lépine et David, 2014), à des transformations portées par le numérique (Coutant et Domenget, 2015), des prescriptions et des dynamiques d’émancipation (Brulois et al., 2017); des tensions éthiques (Maas et al., à paraître), cette professionnalisation reste à légitimer.

Pour cette 6e parution de Communication & professionnalisation, les auteurs sont invités à soumettre des réflexions théoriques, empiriques ou pratiques sur les trajectoires des professionnels de la communication.

Plus particulièrement, mais de façon non exclusive, sont attendues des réflexions portant sur les quatre axes suivants :

  1. les différentes temporalités professionnelles des communicateurs : temps de formation et temps professionnels; les chevauchements de ces temporalités et les dynamiques socioprofessionnelles (mise à jour nécessaire des connaissances, mutation des pratiques sous le coup du numérique, mondialisation et mobilité, injonctions des associations professionnelles, etc.) les engendrant;
  2. les hybridités des parcours : comment différentes professions se chevauchent, se contaminent, se combinent avec les tensions que ces amalgames génèrent et participent ou non à la professionnalisation;
  3. l’(a)typie des parcours de formation, qu’ils soient institutionnalisés ou non, de même que les rationalités derrière leur existence;
  4. les vecteurs influant ces trajectoires, qu’ils soient d’ordres déontologiques, économiques, éthiques, politiques, sociotechniques.

 

Propositions attendues et procédure de soumission

Les propositions de texte attendues doivent se présenter soit comme des analyses réflexives fondées sur des recherches empiriques récentes et achevées, soit comme des analyses de pratiques professionnelles en communication (témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action). Dans l’un comme dans l’autre cas, les articles proposés doivent être informatifs, analytiques et réflexifs.

Nous invitons les étudiantes et étudiants des cycles supérieurs à proposer des articles issus de leurs travaux de recherche. La revue est également intéressée à des propositions hors thématique.

Les auteurs sont invités, dans un premier temps, à proposer une intention à soumettre avant le 31 janvier 2017. Les propositions d’article feront entre 1200 et 1500 mots (bibliographie non comprise). Elles présenteront le titre, éventuellement l’axe dans lequel s’insère de façon préférentielle cette proposition, la problématique, la méthodologie adoptée et les principaux résultats qui seront développés. Le comité éditorial procédera alors à une présélection et retournera la décision aux auteurs avant le 6 février 2017.

Sous réserve d’acceptation, les auteurs devront par la suite soumettre une première version le 1 avril 2017, en suivant les normes de soumission de la revue.  

Les propositions doivent être transmises aux responsables scientifiques :

Après examen à double insu («double aveugle»)  du comité scientifique, le comité éditorial retournera son avis aux auteurs le 9 mai 2017 au plus tard.

Les auteurs retenus devront alors proposer une version finale de leur article pour le 15 septembre 2017. Les textes seront publiés dans la revue internationale Communication & Professionnalisation (nouvelle appellation des Cahiers du RESIPROC) aux Presses universitaires de Louvain pour une parution en début 2018.

Les auteurs dont la proposition est retenue seront également invités à présenter leur recherche lors du Colloque annuel du RESIPROC, qui se tiendra en mai 2017 au Québec (Canada).

Comité éditorial

  • Dany Baillargeon     Université de Sherbrooke (Canada)
  • Alexandre Coutant     Université du Québec à Montréal (Canada)
  • Marc D. David     Université de Sherbrooke (Canada)

Comité scientifique

  • Nicolas Bencherki     University at Albany, State University of New York (États-Unis)
  • Andrea Catellani Université Catholique de Louvain (Belgique)
  • Anne-Marie Cotton Arteveldehogeschool (Belgique)
  • Pénélope Daignault     Université Laval (Canada)
  • Patrice de la Broise Université Lille 3 Charles de Gaulle (France)
  • Christian Désîlets     Université Laval (Canada)
  • Jean-Claude Domenget     Université de Franche-Comté (France)
  • Amaia Errecart     Université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité (France)
  • Carole Groleau     Université de Montréal (Canada)
  • Sylvie Grosjean Université d’Ottawa (Canada)
  • Alain Kiyindou Université Bordeaux 3 (France)
  • Ivan Ivanov     Université d’Ottawa (Canada)
  • André A. Lafrance Université de Montréal (Canada)
  • François Lambotte Université Catholique de Louvain (Belgique)
  • Valérie Lépine Université Grenoble Alpes, Gresec (France)
  • Elise Maas IHECS – Institut des Hautes Études des Communications Sociales
  • Dominique Meunier     Université de Montréal (Canada)
  • Josianne Millette Université Laval (Canada)
  • Laurent Morillon Université Toulouse 3 – LERASS (France)
  • Jacques Piette Université de Sherbrooke (Canada)
  • Véronique Richard GRIPIC, CELSA, Université Paris-Sorbonne (France)
  • Sylvain Rocheleau Université de Sherbrooke (Canada)
  • Sandrine Roginsky Université Catholique de Louvain (Belgique)
  • Emmanuelle Savignac CERLIS, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (France)
  • Julien Tassel GRIPIC, CELSA, Université Paris-Sorbonne (France)