MIGRINTER (CNRS- UMR 7301) de l’Université de Poitiers et LARLANCO de l’Université Ibn Zohr, en partenariat avec la SFSIC, l’Association marocaine des sciences de l’information et de la communication et l’Observatoire Régional des Migrations, Espaces et Société, organisent du 25 au 27 avril 2018, la quatrième édition du colloque international pluridisciplinaire d’Agadir :

 

Migrations, mobilités, frontières : des représentations aux traitements médiatiques

 

Les médias traditionnels ou nouveaux peuvent être considérés comme un miroir pour leurs publics. Ils mettent en évidence ce que ces derniers ont en commun avec les personnages et l’événement de l’actualité. Globalement, il peut s’agir d’histoire, de culture, de territoire, de pratiques religieuses ou d’autres points communs comme la couleur de peau, la région d’origine ou simplement le fait de regarder/écouter/lire les mêmes informations. Les contenus médiatiques sur ou destinés aux migrants/immigrés obéissent bien à ce principe.

 

Les thématiques qui renvoient à la migration occupent une place centrale dans les espaces publics de bon nombre de pays du nord et du sud. Elles font l’objet de discours des acteurs sociaux, de représentants de l’État, de personnalités publiques, d’organisations associatives, de migrants eux-mêmes ou des médias dominants. Ces discours participent en effet à la construction des représentations autour d’un « nous » de plus en plus visible, distinctif et opposée à un «eux» dans les productions médiatiques. Cet ensemble d’attitudes, d’opinions ou de croyances autour de la thématique des migrations fonctionne comme un processus perceptif et cognitif qui transforme ce thème en catégories symboliques facilitant l’appréhension des éléments de la vie ordinaire par un recadrage de nos propres conduites dans les interactions sociales (Fischer, 1987).

Le migrant/immigré se manifeste, en conséquence, comme un personnage aux traits physiques, aux traditions culturelles, aux pratiques religieuses bien distincts de ceux reconnus au groupe majoritaire ou «national». Dans les faits, le migrant/immigré apparaît de manière particulière, faisant appel à un processus de construction linguistique et iconographique. Il obéit à un mode de classification qui peut différer d’un média à un autre et d’une période à une autre. Plusieurs figures stéréotypiques peuvent ainsi le caractériser: «jeune» de banlieue, élève voilée, Africain polygame, «sans- papiers », réfugiés, intégriste, Rom, terroriste, sportif, artiste, etc. L’image du migrant/immigré reste une représentation sociale différente de la réalité. Tahar Ben Jelloun ne l’a-t-il pas qualifié d’image froissée dans les années 1990.

Il s’agit ainsi dans le cadre de ce colloque d’analyser le fonctionnement médiatique des stéréotypes qui définissent les migrants/immigrés en tant que groupe ou « communauté » distincts des autres groupes majoritaires. Quelles sont les représentations inhérentes à la mise en visibilité des thématiques migratoires et leur traitement médiatique dans les divers espaces publics ?

Dans les pays européens, les analyses portant sur les relations entre productions médiatiques et représentations sociales facilitent la compréhension de certains phénomènes socio-politiques tels que les racismes, discriminations, représentations, participations (Blion et al, 2006; Frachon et al, 2008; Rigoni & Larraset, 2014). Toutefois, celles portant sur les productions médiatiques de ceux désignés comme « minoritaires », « issus de l’immigration », « ethniques », « communautaires », « de la diversité » et qui sont marquées autant par la complexité que par l’hétérogénéité le sont moins (Park, 2008).

Autres terrains de recherche, les télévisions transnationales apparues au milieu des années 1990 renvoient à des oppositions entre un espace local, régional et international, et à la circulation de flux, des migrants et de leurs cultures (Mattelart, 2007). Certaines recherches s’interrogent sur les aspects géolinguistiques du supposé marché unique, sur l’hybridation des cultures et sur les identités culturelles. Elles rappellent que le rôle des médias transnationaux de contrebalancer le monopole de l’État sur l’information ne saurait faire oublier la logique commerciale inhérente aux offres télévisuelles. Cette dimension transnationale de l’offre médiatique tend à se pérenniser car le marché est en perpétuelle évolution et constitue un enjeu pour les États du Sud comme pour ceux du Nord en raison de la présence durable des « minorités » (ethniques, culturelles, religieuses, linguistiques, etc.) dans les pays du nord.

Sur un autre plan, les phénomènes de la mondialisation et la quasi-généralisation de l’accès aux outils technologiques ont induit des évolutions conséquentes en matière de pratiques migratoires et de mobilités. Les outils de communication permettant aux migrants de rester en contact avec leurs proches existent depuis des siècles mais l’avènement d’Internet contribue à l’accélération et l’évolution des échanges. Les nouvelles technologies ne remplacent pas les pratiques de communication préexistantes mais les complètent, s’y incorporent pour donner naissance à un ensemble d’usages qui modifient les relations sociales en contexte migratoire. Elles favorisent une co-présence entre les migrants, entre des migrants et des non-migrants. L’émergence de ces formes renouvelées du vivre ensemble, pointées par le courant des études transnationales, est confirmée par l’étude des pratiques de production et des usages des publics des médias dominants des pays d’accueil et de départ, et ceux des migrants. Les modes de communication, mobiles et multiples, renvoient à des individus eux-mêmes mobiles et multiples. Ces images de la mobilité et de la pluralité invitent donc à l’étude du sens des mobilités abordées comme un fait socio-spatial, des significations qu’elles revêtent et des usages qui en sont faits par les individus. Le paradigme de la mobilité (Bailleul et al, 2008) ouvre ainsi une nouvelle perspective pour aborder les pratiques communicationnelles des individus et des groupes (Paquienséguy, 2006).

Dans le prolongement des réflexions sur les publics des médias traditionnels, quelles sont les modalités d’observation des migrations sur le Web ? Quel cadre conceptuel permet-il de saisir les diverses problématiques occasionnées par la visibilité du « eux » ou du «nous» dans les dispositifs socio-techniques. Ces questions se posent de manières multiples autant dans le choix des produits médiatiques que dans le travail intellectuel d’analyse. Nous sommes ainsi confrontés aux diverses significations des discours et identités migratoires dans les sites culturels, les plateformes de e-commerce, les sites de rencontres ou encore les blogs et les réseaux sociaux numériques caractérisés par les mises en visibilité de soi et de l’autre.

Par ailleurs, les migrants s’organisent davantage en matière médiatique et produisent des contenus divers à destination de leurs « communautés ». Les médias des minorités ethniques sont ainsi autant une réponse à la fermeture symbolique des espaces publics qu’une insertion dans un système médiatique qui offre des possibilités multiples d’atteindre les publics supposés appartenir à ces « communautés ».

Nous pouvons ainsi questionner les différentes représentations de la migration, de la diaspora, de l’exil, des pratiques culturelles ou consuméristes, des identités, etc., à l’œuvre dans les médias dominants ou ceux des minorités, dans les médias traditionnels ou nouveaux, dans les offres ou dans les usages en vue de fournir un cadrage autant conceptuel qu’empirique.

Les contributions pourront aborder des problématiques en lien avec les axes suivants (liste non exhaustive) :

 

1. Médias et migration/immigration : représentations, traitements et usages.

2. Médias des minorités ethniques/culturelles/régionales/linguistiques : lien social, offres et publics.

3. Médias transnationaux : politiques de l’offre et logiques des usages.

4. Identités numériques, TIC et mobilités: pratiques culturelles, sociales, économiques, politiques et religieuses ; mobilités internes ; offres idéologiques et propagande, etc.

5. Médias et thématiques nouvelles: migrations environnementales ou climatiques, enfants isolés, réfugiés et sécurité, genres, victimes, etc.

6. Regard critique et acquis de la recherche sur médias et migrations. Calendrier et Modalités pratiques :

 

- Date limite de soumission des propositions de communication de 2 500 signes avec le nom de l’auteur, fonction et adresse électronique, numéro de l’axe (possibilité de faire des propositions en arabe et en anglais) : 15 novembre 2017.

- Les propositions seront évaluées en double aveugle. Elles doivent être envoyées aux adresses suivantes : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

- Date de notification de la décision du comité scientifique : 6 décembre 2017.

- Date d’envoi des articles complets (25 000 signes espaces compris) : 7 février 2018. - Date limite de renvoi des articles modifiés et corrigés : 28 mars 2018.

- Publication des Actes d’Agadir 2018 (ouvrage en version papier) : pour le colloque.

 

Frais d’inscription :

Les frais d’inscription comprenant les Actes, les déjeuners et les pauses café pour les 3 jours sont de 150 euros (ou équivalent) pour les enseignants-chercheurs, et de 75 euros (ou équivalent) pour les doctorants. Pour les chercheurs marocains, les frais d’inscription sont respectivement de 1000 dhs et de 500 dhs.

Pour l’hébergement, une liste d’hôtels à un tarif préférentiel sera proposée par les organisateurs du colloque.

 

Comité scientifique

May Abdallah, Université Libanaise de Beyrouth

Driss Ablali, Université de Lorraine

Christian Agbobli, Université du Québec à Montréal

Ismail Alaoui Madani, Université Ibn Zohr

Abderrahmane Amsidder, Université Ibn Zohr

Elkebir Atouf, Université Ibn Zohr

Abdelhaq Bellakhdar, Université Mohamed V, Rabat

Mohamed Bendahan, Université Mohammed V – Agdal, Rabat

Françoise Bernard, Université d’Aix-Marseille

Mohamed Charef, Université Ibn Zohr

Fathallah Daghmi, Université de Poitiers

Paul Diédhiou, Université Assane Seck de Ziguinchor

Dana Diminescu, Telecom ParisTech

Philippe Dumas, Université du Sud, Toulon-Var

Abderrazak El Abbadi, Université Ibn Tofail, Kénitra

Mokhtar El Maouhal, Université Ibn Zohr

Hassan Ennassiri, Université Ibn Zohr

Béatrice Fleury, Université de Lorraine

Catherine Ghosn, Université de Toulouse

Gino Gramaccia, Université Bordeaux

Bernard Idelson, Université de la Réunion

Oumar Kane, Université du Québec à Montréal

Brahim Labari, Université Ibn Zohr

Thomas Lacroix, Migrinter, CNRS

Mirela Lazar, Université de Bucarest

Christian Le Moënne, Université de Rennes

Tristan Mattelart, Université Paris II- Panthéon-Assas, IFP Aissa Merah, Université de Béjaia

Adelina Miranda, Migrinter, CNRS

Hassan Moustir, Université Mohammed V – Agdal, Rabat Loum Ndiaga, Université du Québec en Outaouais

Olivier Pulvar, Université des Antilles

Daniel Raichvarg, Université de Bourgogne

Eugénie Saitta, Université de Rennes

Roger Somé, Université de Strasbourg

Farid Toumi, Université Ibn Zohr

Mhamed Wahbi, Université Ibn Zohr

Jacques Walter, Université de Lorraine

 

Comité d’organisation

 

Abderrahmane Amsidder, Université Ibn Zohr, Agadir

Fathallah Daghmi, Université de Poitiers

Farid Toumi, Université Ibn Zohr, Agadir

Khadija Youssoufi, Université Ibn Zohr, Agadir

Etudiants du Master « Communication des organisations », Faculté des Lettres, UIZ d’Agadir. Doctorants de l’Ecole doctorale « Langues et communication », Faculté des Lettres, UIZ d’Agadir Doctorants affiliés au LARLANCO, Faculté des Lettres, UIZ d’Agadir