Appel à contribution

Matérialiser l'utopie

 

Le présent document constitue une sollicitation de participation à un projet éditorial porté par le collectif MU et publiés par les Presses de l'Université Clermont Auvergne.

 

La période actuelle fait résonner d’une façon particulière le concept d’utopie. Nous traversons une crise majeure et globale. Celle-ci, d’ordre écologique, mais aussi économique, politique, ou encore symbolique, met à nu les faiblesses d’un modèle de société aux contours incertains mais aux effets bien réels. Cette crise alimente de très nombreuses espérances et «rêves sociaux» - autre nom donné par L T Sargens1 aux utopies. Notre monde contemporain est propice à l’éclosion de nouvelles pratiques sociales, autres par leurs écarts à celle(s) qui existe ici et maintenant.

 

 

Notre questionnement concerne précisément la complexité du processus lié à la genèse des micro-sociétés alternatives et à celle de leurs convergences vers un substitut véritable au système actuel. Posant l’espérance ou l’attente comme pièce centrale de cette mécanique nous percevons deux difficultés principales.

 

Tout d’abord, l’attente ou espérance peut être à la fois dans la conscience comme une « image souhait » et dans la matérialité de l’existant comme un « déjà là » : « L’attente, l’espérance, l’intention dirigée vers la possibilité non encore devenue constituent non seulement une propriété fondamentale de la conscience humaine, mais aussi, à condition d’être rectifiée et saisies dans leur aspect concret, une détermination fondamentale au sein même de la réalité objective toute entière »2. Cela implique une grande complexité de l’utopie « (...) réduire l’utopie à la définition qu’en a donnée Thomas More, ou simplement l’orienter dans une seule direction, équivaut à ramener tout le phénomène de l’électricité à l’ambre jaune qui lui donna son nom (...) l’utopie toute entière coïncide si peu avec le roman politique que c’est à la philosophie dans sa totalité (...) qu’il faut faire appel pour rendre justice au contenu de ce qui est appelé utopique (..) 3 ».

 

La deuxième difficulté est liée à la dimension collective/sociale de l’utopie : « L’utopie est une construction collective mettant au jour une modalité spécifique de l’espérance » 4. De ce point de vue c’est le médium capable de favoriser l’émergence du collectif qui se trouve au centre.

 

Postulats :

 

Les ouvrages collectifs ne sont pas sans dangers. Le mot « utopie » est fortement chargé, polysémique et peut revêtir un caractère magique. Tout comme la Zone du livre des frères Strougatski5 et du film éponyme de Tarkovski, « Stalker », l'utopie dispose du pouvoir assez mystérieux- voire ambivalent - de mette au monde nos souhaits les plus intimes. De fait, « l’étude des utopies a tenté bien des chercheurs dont beaucoup se sont laissé prendre aux reflets de leurs propres illusions (...)6 ».

 

A la manière du Stalker qui chemine dans la Zone en jetant des bandelettes lestées par des écrous, nous avons besoin de point de repère pour éviter une dispersion nuisible à la cohérence de l’ouvrage.

 

Nous proposons donc aux contributeurs non pas une façon univoque d'appréhender le sujet de l'ouvrage mais de poser quelques jalons pour permettre aux textes de se croiser autour de points communs, fussent-ils des points de désaccord.

 

Nous appréhenderons l'utopie dans une dynamique de transformation sociale. Partant, nous considérons le lieu paradoxal, le lieu originaire à partir duquel il est possible de percevoir les contours d’une idéologie cristallisée. Il s’agit donc de penser l'utopie dans son rapport à l’idéologie, cette dernière devant être compris comme une réalité sociale construite pouvant servir à la fois comme source de distorsion de la réalité que d’espace de légitimation et d’intégration propre à toute société humaine7. Dans cette logique « l'utopie » concerne aussi les révolutions, qu'elles soient pacifiques ou non.

 

L'utopie comme folie (contre-folie), chose qui sape l’autorité de l’ordre et exploite les possibles, doit être vue comme une imagination sociale. De fait, elle contribue à la diffusion d'images, de représentations ambivalentes, d'espoirs, de rêves, de mythes et de symboles qui jouent un rôle essentiel8 dans la formation d’un agir commun à des individus, des groupes sociaux, et autres entités susceptibles de peupler la société.

 

Les questionnements traités par l'ouvrage :

 

La notion de matérialisation de l’utopie évolue considérablement au cours des siècles. Si Thomas More n’envisage pas l’accomplissement même très partiel d’Utopia9 son influence s'explique à la fois par l'édition du texte en plusieurs langues et par son succès littéraire. Il en est différemment quatre siècle plus tard pour la description du Phalanstère de Charles Fourier, transformée par Jean Baptiste André Godin en une véritable utopie réalisée. Dans notre monde contemporain, il n'est pas sûr que le réalisme scientifique et technique ainsi que la crainte et la peur de l’aventure humaine ne réduisent pas l’épaisseur de l'irréalisable et ne modifient pas en profondeur les médium de l'utopie.

 

Que devient alors l’utopie contemporaine? Assume telle encore le paradoxe de « l’emplacement sans lieu » de Michel Foucault ? « L’esprit utopique » a-t-il besoin d’autres medium pour s’extraire de la frilosité technocratique ?

 

La thématique de l'ouvrage renvoie aussi bien aux utopies réalisées, aux utopies concrètes, aux différentes formes « d'incarnation » des utopies qu'aux conditions matérielles qui permettent la naissance de l'utopie et son partage.

 

Une des ambitions de cet ouvrage serait de permettre aussi bien d’étudier la « médiatisation de l’espérance » qui concoure à l’édification d’une dimension collective pour un « non encore devenu » que de comprendre le changement social à partir de la matérialité d’un « déjà là ».

 

La thématique de l’ouvrage déborde donc les problèmes liés à l’inscription des projets alternatifs dans les objets, matériels et choses qui forment notre environnement quotidien.

 

 

L’ouvrage se veut pluridisciplinaire. Il répond d’une certaine manière à un renouvellement de la politique par une (re) découverte de sa corporéité – notamment dans des alter lieux, contre lieux et néo-localités, thématiques abordées notamment par Michel Lussault sans son dernier ouvrage10. Il permet également d’aborder l’écologie politique sous le prisme de l’utopie et de notre rapport au réel/matériel.

 

 

1 L T Sargens, The three faces of utopianism revisited, Utopian studies, Vol 5-1, 1994 , pp 1-37

 

2E Bloch Le principe espérance tome 1, Gallimard, 1976, p 14

 

3 E Bloch, op. cit. p 25

 

4A Pessin, L’imaginaire utopique aujourd’hui, PUF, 2001

 

5A et B Strougatski, Staler. Pique-nique au bord du chemin, Folio SF, 2013

 

6J. Servier, Histoire de l’utopie, Folio Essais, 1991, p II

 

 

7Nous ramenons le lecteur vers l'ouvrage de Paul Ricoeur, L'idéologie et l'utopie, Seuil, 1997

 

8G Manfredonia, L’imaginaire utopique anarchiste au tournant du siècle, Cahier Jaurès, n°180, 2006, pp 27-44

 

9Ce qui nous semble condensé dans la fin du livre « Je le souhaite plus que je ne l'espère »

 

 

10M. Lussault, Hyperlieu, Seuil, 2017

 

 

 

Le collectif MU :

 

Le projet est porté par un collectif (le collectif Mu) composé de (par ordre alphabétique) :

 

Patrick Bourgne : Maître de conférences en Sciences de l'information et de la Communication, il anime l’équipe « Communication, Innovation Sociale et Economie Sociale et Solidaire » (Université Clermont Auvergne), et co-préside le jury de délivrance des diplômes du Diplôme Supérieur d'Arts Appliqués Mention Design de produits (ESDMAA Yzeure).

 

Ses champs de recherches et de réflexions concernent avant tout les espaces interstitiels entre d'une part le microscopique et le macroscopique et d'autre part entre les disciplines instituées. Il a dirigé l'ouvrage collectif pluridisciplinaire « Marketing remède ou poison ? » paru aux éditions EMS en 2013.

 

Christian Drevet : Architecte DPJG, Professeur de Théories et Pratiques de la Conception Architecturale et Urbaine, il est enseignant et chercheur à l’ENSACF sur les objets architecturaux contemporains. Ses champs de recherche concernent les notions d'espace, temps, mouvement, instabilité, ubiquité, ambiguïté, morphogenèse, tectonique, atmosphère, artificialité/naturalité et de milieu. Sa pratique professionnelle à Lyon depuis 1980 l'a amené vers de nombreuses réalisations dont : la place des Terreaux à Lyon, l’extension de l’aéroport de Lyon, le centre funéraire de Villeurbanne, la place des Nations à Genève et la rue centrale de Vejle au Danemark. Ses publications professionnelles ont intéressé les principales revues d’architecture internationales dont l’Architecture d’Aujourd’hui, AMC, Bauwelt, Casabella, Topos, Détail, Techniques et Architecture, New architecture, Greenbuildings Berlin et l’ARCA international.

 

Xavier Fourt : Il est membre avec Léonore Bonaccini du groupe d'artistes Bureau d'études qui croise art, théorie et recherche (https://bureaudetudes.org). Conscient des limites d'une approche exclusivement critique, Bureau d'études travaille depuis 2007 à la mise en place d'un "lieu d'expérimentation sociale" en milieu rural (www.fermedelamhotte.fr). Le groupe est fondateur du journal la Planete laboratoire (https://laboratoryplanet.org) et du collectif intermédia artistes/biologistes Aliens in green (http://aliensingreen.eu) avec Ewen Chardronnet.

 

Marie Hélène Gay-Charpin : Architecte DPLG, elle est Maitre-Assistant de Théories et Pratiques de la Conception Architecturale et Urbaine à l’ENSACF et développe en atelier de projet, une pratique autour des notions d’expérimentation (faire « à l’échelle 1 ») et du processus. Sa pratique professionnelle depuis 1991 est orientée vers la pratique de la réhabilitation de l’édifice publique au patrimoine ordinaire, vers le conseil auprès d’organismes publiques, vers les chantiers « expérimentations » avec des bailleurs sociaux où la notion de participation et de qualité d’usages dans l’habitat est mise en œuvre.

 

Le collectif Mu souhaite travailler à la fois à l'édition d'un ouvrage collectif et à la mise en place d'une série d'actions-réflexion autour de la thématique développée dans ce document et ce après/au moment de la publication du livre.

 

 

 

La structure de l'ouvrage :

 

Le travail collégial et pluridisciplinaire du collectif a conduit à la proposition d'un ouvrage composé de trois livrets. Chaque livret sera introduit par une carte mentale réalisée par Marie Hélène Gay- Charpin

 

Livret 1 : Les médium de l'utopie

 

Seront traités dans ce livret les contributions qui s'intéressent au processus par lequel l'utopie se matérialise/s'incarne par différents médiums (texte écrit, texte oral, voix, image fixe, image animée, musique, mouvement du corps, maquette, réalisation) ou configurations médiatiques11 pour revêtir un caractère social/partagé.

 

L’ensemble des contributions de cette première partie pourrait converger autour de la double dialectique Utopie/Idéologie; Utopie/Médium. Utopie et Idéologie seront plutôt saisies dans ce volet comme constituant les deux facettes d'un imaginaire devenu social par une série de médiations.

 

Livret 2 : Terres, sources de l'utopie

 

Dans ce livret, l'utopie est considérée à la fois comme produite par une matière habitée et à la fois comme moyen de reconsidérer cette matière et ce dans une sorte de déterritorialisation / reterritorialisation deleuzienne conduite par le désir.

 

Ce livret énonce un régime de la chair ou du sensible. Il traite du processus par lequel une matière habitée fait naître des rêves.

 

L’ensemble des contributions de cette deuxième partie pourrait converger également autour de la double dialectique Utopie/Idéologie ; Productions matériels/Matière habitée telle qu’elle est. Utopie et idéologie apparaissant alors comme deux projections différentes de la réalité : l’une sensible, l’autre intelligible.

 

Livret 3 : De l'ambivalence des utopies face à la matérialisation

 

L'utopie a une posture nécessairement détachée de certaines contraintes du réel pour parfois être matérialisé par d'autres et ainsi, dépasser ces blocages qui restreignaient le désir d'une vie meilleure. Hors du monde matériel, elle n'en demeure pas moins un vecteur majeur des matérialisations transformant ce monde. Cette ambivalence génétique entre utopie et matérialisation s’installe sur les dualités à partir desquelles elle opère et dont elle brouille les frontières, entre « être » et « non être », idéel et réel, transcendant et immanent, possible et impossible, poésie et vérité, ...

 

L’ensemble des contributions de cette troisième partie s'intéresseront à cette ambiguité.

 

11Nous entendons par configuration médiatique, une forme d'enchevêtrement de formes de médiations 4/5

 

 Calendrier :

 

15 décembre 2017 : retour des intentions des contributeurs comportant :

 

les noms, prénoms, affiliations scientifiques et institutionnelles du ou des auteurs,

 

le titre de la contribution,

 

un résumé de 5000 caractères au maximum

 

le nom du livret choisi pour insérer le futur texte

 

Les intentions doivent être envoyées par mail à l'adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Janvier 2018 : retour aux contributeurs sur l'acceptation de leurs propositions

Juin 2018 : date limite de remise des textes complets

Septembre 2018 : retour aux contributeurs des évaluations des textes complets

Novembre 2018 : retour des textes complets après corrections

Mai 2019 : sortie de l'ouvrage