Les Enjeux de l'information et de la communication

La diplomatie des données

Réponse attendue pour le 14/04/2025

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Les données (data) prennent une place considérable dans les discours et les pratiques d’information et de communication, la maîtrise des données apparaissant de plus en plus comme une « arme » au service du contrôle des comportements, des discours et des pensées. Au-delà des questions d’intelligence économique et militaire, les élections sont un bon indicateur de l’importance des stratégies de maîtrise de l’information en circulation. Les données sont produites, traitées et exploitées par l’intermédiaire de techniciens et de professionnels qui ont pour mission de les gérer, éventuellement à des fins frauduleuses, notamment dans certains États où des entreprises se sont spécialisées dans le piratage et la manipulation des données, mais aussi d’en assurer la gouvernance. Celle-ci relève, selon Anke Sophia Obendiek (2023), d’une question de droits individuels (par exemple à travers les législations protégeant les données personnelles, comme le Règlement général sur la protection des données  (RGPD) en Europe et avant cela, en France, la Loi Informatique et Libertés, d’une question de sécurité dans les relations entre États (et l’appel à la souveraineté des données pour les données sensibles comme celles de santé, et plus généralement dans le cadre du développement de l’intelligence artificielle (IA)), d’une question d’économie, parce que les données représentent des ressources centrales, enfin d’une question de valeurs collectives, les données pouvant être considérées comme un bien commun à protéger des hégémonies et des appropriations, particulièrement dans le domaine des sciences.

Les données soulèvent donc une question politique et stratégique fondamentale, car à travers elles, c’est l’ensemble des moyens de communication médiatisée qui est en jeu, avec le risque de potentielles « manipulations ». Ces dimensions politiques sont souvent masquées sous des discours sur l’éthique du numérique (exigence de transparence, neutralité, participation, etc.) qui permettent d’imposer des normes et révèlent des contradictions. Même dans des domaines comme celui de l’ouverture des données de la science, l’industrialisation de la production scientifique vient heurter le principe de communs de la connaissance (Boukacem-Zeghmouri et al., 2021). Les données sont aussi stockées et traitées suivant un cycle qui, compte tenu des avancées les plus récentes de l’IA, pose problème pour l’environnement notamment en matière de consommation d’énergie.

Dans le cadre de la globalisation des économies, des techniques et des systèmes politiques, la production et la gestion de données ne peuvent plus être pensées dans le cadre des États-nations ou des organisations. Les données circulent et leur sort ne peut être administré qu’au niveau global. Ainsi, elles dépassent largement les frontières nationales et les conflits, et contraignent les organisations à la compétition, voire à la guerre des données (hacking, espionnage), à des négociations (AI Act, RGPD, …), éventuellement à des processus coopératifs (science ouverte, data hubs,…). Elles sont ressources et moyens de pouvoir à l’aide de techniques comme celle des blockchains qui en rendent le contrôle de plus en plus complexe. Quand une entreprise légale ou pirate capte et revend des données (dans le domaine médical avec les données de santé, dans le domaine politique avec les données électorales et les tentatives de manipulation des opinions à travers les réseaux sociaux), quand un État bloque l’accès à un réseau social sous le prétexte de protéger les données personnelles de ses citoyens, quand un mouvement citoyen (hacktiviste) lutte pour préserver l’accès aux données, ou quand des entreprises exploitent des travailleurs de la donnée dans des pays qui n’ont pas accès aux ressources produites par l’industrie informatique (Waquet, 2022), les données sont au cœur d’une nouvelle diplomatie qui traite de ce qui constitue le matériau brut de l’information en circulation dans le monde, particulièrement à l’heure de l’explosion des usages de l’IA. Cette diplomatie se met en place dans les instances « traditionnelles » des relations internationales, mais aussi dans des structures plus récentes qui tentent de mobiliser les organisations et de faire pression sur les politiques publiques ou encore dans des instances de résistance à travers l’activisme des données. Le vocabulaire utilisé au sujet des données reflète d’ailleurs clairement ce rapport à la diplomatie : gouvernance et souveraineté des données, diplomatie numérique (de l’UE par exemple), colonialisme des données, à propos des effets de domination de la capacité à traiter celles-ci par rapport aux pays qui les produisent, ainsi que du pouvoir potentiel associé à cette capacité (Couldry, Meijas, 2023 ; Nkoudou, 2023). La diplomatie relève ainsi de la recherche d’instruments de lutte pour le pouvoir ou de résistance contre le pouvoir de « datafication » et d’« archivage » des individus et des groupes, de classement selon des logiques stéréotypiques, industrialisantes et normalisantes (dans les algorithmes qui imposent des classements ethnicisés et invisibilisent certains groupes), ou de revendication d’un droit à l’autodétermination sur les données pour les populations indigènes.

Le sujet de ce dossier est consacré à la diplomatie des données comme enjeu de pouvoirs sur le contrôle de la production, de la circulation et de l’exploitation des données. Trois axes principaux le structurent : 1/ Les enjeux stratégiques de la gouvernance et de la circulation des données, 2/ Les enjeux scientifiques : une diplomatie d’ouverture, 3/ Les enjeux culturels : domination et indépendance.

L’appel à contributions complet est disponible au téléchargement.